Économie : pourquoi 2017 est un tournant majeur pour l’Afrique

Après une période euphorique, l’Afrique a connu en 2016 des performances en berne. Entre redressement et émergence, les défis ne manqueront pas pour 2017.

L’année 2016 restera comme celle de la déstabilisation de la croissance du continent africain au sommet depuis plus de quinze ans. Avec un taux de 2 % ou moins, selon les dernières perspectives économiques mondiales, certaines économies africaines débutent l’année avec de sérieux handicaps, tandis que d’autres se sont bien armées pour consolider leurs acquis. La chute des cours des matières premières a fait plonger les géants d’Afrique comme le Nigeria, l’Afrique du Sud ou encore l’Algérie, sans oublier l’Angola, le Ghana et l’Égypte. De l’autre côté, certains pays comme la Tanzanie, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou l’Éthiopie ont pris le chemin d’une croissance soutenue (à 5 % en moyenne) par une diversification de l’économie. De leur côté, les institutions internationales, telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque africaine de développement, même si cette dernière est plus optimiste dans sa prospective, tirent la sonnette d’alarme pour que l’Afrique retrouve en 2017 une croissance durable, forte et équilibrée. Voici les pays qui seront scrutés tout au long de l’année et les nouveaux qui font rêver…

 

Le Nigeria en récession va devoir diversifier absolument son économie

Avec 193,3 millions d’habitants, le Nigeria du président Buhari a plongé en 2016 dans une crise économique sans précédent. C’est l’effondrement des prix du baril qui a entraîné le géant pétrolier africain jusqu’à la récession en septembre dernier. Mais la politique économique du président nigérian soulève aussi de nombreuses critiques. Le cours du naira continue de dégringoler face au dollar sur le marché noir et l’inflation s’est envolée à plus de 18 % maintenant. Buhari tente d’emprunter 30 milliards de dollars aux institutions internationales, mais les députés et les sénateurs ont mis leur veto. Pour s’en sortir, le pays doit absolument diversifier pour transformer l’économie, favoriser la création d’emplois. Dans ses plans, l’agriculture apparaît de nouveau pour être propulsée devant le secteur des hydrocarbures comme première source de revenus du pays en 2017.

 

L’année de tous les dangers en Afrique du Sud

L’Afrique du Sud conserve sa note financière, mais reste menacée de dégradation. Depuis des mois, l’ombre d’une dégradation plane avec insistance sur le pays le plus développé du continent. Fitch prévoit une croissance de 1,3 % en 2017 et 2,1 % en 2018. Depuis des années, la machine économique sud-africaine tourne au ralenti, victime notamment de la chute des cours des matières premières. Après + 1,3 % en 2015, la croissance de son produit intérieur brut (PIB) ne devrait guère dépasser 0,5 % cette année. Vingt-deux ans après la fin officielle de l’apartheid, le pays reste perclus d’inégalités, avec un taux de chômage au plus haut depuis treize ans qui frappe 27,1 % de sa population active. Les investisseurs étrangers doutent de plus en plus de la capacité du président Zuma à faire redémarrer son économie.

L’Algérie mise sur les taxes pour relancer son économie

Alger a adopté mercredi un budget 2017 avec des hausses de taxes afin de compenser la baisse des prix du pétrole, principale ressource du pays. La TVA va ainsi passer de 7 % à 9 % et de 17 % à 19 % selon les catégories, et la taxe intérieure de consommation – sur les tabacs et alcools notamment – sera relevée, comme celle sur le foncier et l’immobilier. Le gouvernement a renoncé à plusieurs investissements publics, à recruter de nouveaux fonctionnaires et à augmenter les salaires dans le secteur (para)public. Le régime des retraites va aussi être réformé pour lui éviter la « faillite ».

 

Dans la liste des pays à surveiller de près : la République démocratique du Congo, dont la crise politique n’en finit plus d’affecter une économie moribonde. Autre pays en crise, le Ghana, autrefois cité en exemple de croissance économique, le pays a dû recourir à l’aide du Fonds monétaire international (FMI) en 2015 en raison de la baisse générale des prix des matières premières. Selon la Banque mondiale, 25 % des 27,4 millions de Ghanéens vivent encore en dessous du seuil de pauvreté. Le pays manque également d’infrastructures, notamment sanitaires, tandis que l’inflation et les coupures de courant à répétition plombent l’économie. Mais, selon la Banque africaine de développement, la croissance économique devrait repartir à la hausse, aidée par une bonne transition démocratique.

Le Sénégal trace sa trajectoire de croissance

 

Selon les chiffres officiels du FMI, en quatre ans, le Sénégal aurait retrouvé la voie d’une croissance stable et pérenne pour faire enfin décoller son économie : 6,6 % en 2016 et 6,8 % en 2017. Les chiffres sont éloquents. Et tout s’accélère depuis l’arrivée au pouvoir de Macky Sall. Portée par l’agriculture, la croissance du Sénégal est très soutenue par des subventions de l’État, mais l’investissement public dans les infrastructures urbaines n’est pas en reste, comme l’atteste la liste impressionnante des projets lancés, tels que ceux de la ville nouvelle de Diamniadio, à 40 kilomètres de Dakar, l’autoroute Dakar-Mbour-Thiès-Touba, l’aéroport de Ndiass. Sans compter que le gouvernement avec son plan Sénégal émergent veut doter les zones rurales de forages, de pistes, etc. Mais rien n’est gagné pour autant, car le pays doit réformer en profondeur l’environnement des affaires pour renforcer le secteur privé, tout en continuant de diversifier l’économie, et obtenir que l’électricité soit plus disponible et moins chère.

 

La Côte d’Ivoire s’acharne pour confirmer ses bons résultats

La Cote d’Ivoire devrait connaître en 2017 une croissance de 8,5 %. Depuis deux ans maintenant, les investisseurs saluent les multiples réformes engagées par le pays devenu champion de la croissance en Afrique francophone. La position de la Côte d’Ivoire s’est améliorée grâce à sa croissance économique, l’inflation stable et les récentes élections. Ces éléments favorisent un environnement fertile pour l’investissement.

La Tanzanie, championne d’Afrique de l’Est

Le gouvernement tanzanien table sur une croissance économique de 7,5 % en 2017 et de 7,9 % en 2018. Comme les années précédentes, le pays continue sa trajectoire, par l’augmentation des dépenses publiques de 11,5 %. Ces dépenses seront notamment orientées vers les secteurs de l’éducation, de la santé et des services publics ainsi que vers des projets d’infrastructures. Le PIB de la Tanzanie a progressé de 7 %, en 2015 et 2016, tiré essentiellement par les secteurs des transports, du BTP, des télécommunications et de la finance. Quatrième producteur d’or en Afrique, ce pays d’Afrique de l’Est possède aussi de vastes gisements de gaz naturel, de charbon, de diamants, d’uranium et de pierres précieuses.

PAR    – Le Point Afrique –

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