Donald Trump : la politique qu’il compte appliquer dans le monde arabe

Il se veut l’anti-Obama et désigne de nouveaux alliés. Il veut une alliance avec la Russie pour « détruire » l’État islamique.

Le 45e président des États-Unis renversera-t-il la table diplomatique et géopolitique ? À lire ses discours et déclarations, oui. Dans la réalité, ce sera moins spectaculaire que ses envolées de campagne ne le laissaient penser. Dans les capitales arabes, de Rabat à Amman, la victoire de Donald Trump est trop récente pour qu’on en prenne la température.

 

L’administration Trump sera d’abord une administration républicaine. Si l’homme d’affaires a fait campagne contre Hillary Clinton, il l’a également fait contre une partie de l’establishment républicain. Celui-ci devrait revenir vers lui afin de gouverner en toute quiétude, le parti dominant désormais le Sénat et la Chambre des représentants. La dernière administration républicaine fut celle de George W. Bush, l’homme de la seconde guerre en Irak, celle qui installa un pouvoir chiite à Bagdad en marginalisant les sunnites, l’homme de Guantánamo, qu’Obama avait promis de fermer durant son second mandat. Promesse non tenue par le président sortant.

 

Vaincre l’islamisme radical

 

À écouter Trump, le Moyen-Orient était un oasis de stabilité avant l’arrivée du tandem Obama-Clinton. « Au début de 2009, la Libye était stable, la Syrie était sous contrôle, l’Égypte était dirigée par un président vénérable et un pays allié des États-Unis », disait-il l’été dernier dans un discours consacré à l’islamisme radical. Puis de porter l’attaque pays par pays. Libye ? « Elle est en ruines, notre ambassadeur et trois braves Américaines sont morts (1)… ». Égypte ? « Les terroristes ont pris position dans le Sinaï, proche du canal de Suez. » Et de surligner le chaos qui prédomine en Irak, la guerre civile qui lamine la Syrie, l’État islamique qui opère désormais dans quatorze pays de la région.

 

Pour y remédier, Trump veut faire le tri entre les pays amis et les autres, ceux qui partagent les mêmes valeurs que les États-Unis et les autres. Et il veut que sa future administration édifie une liste des régions à risques, régions auxquelles il imposera un moratoire sur les visas. Trump veut initier une conférence internationale avec « nos grands alliés : Israël, le roi Abdallah de Jordanie et le président Sissi ». À ses yeux, « l’Otan est obsolète », elle a échoué à agir efficacement. Et il sera vital de « trouver un terrain d’entente avec la Russie pour détruire l’État islamique ». Bachar el-Assad devient donc le premier vainqueur de cette présidentielle américaine. Trump candidat ciblait un ennemi : l’Iran, « le plus grand sponsor au monde du terrorisme avec ses soutiens que sont le Hamas et le Hezbollah ».

 

L’administration Trump se veut « l’amie des musulmans modérés »

 

Si l’homme à l’étrange coiffure n’est pas honni par l’opinion publique arabe malgré ses déclarations outrancières sur les musulmans, il le doit à sa vision du rôle d’Hillary Clinton dans le développement de Daech. Pour le candidat Trump, « l’État islamique est le résultat direct des décisions politiques prises par le président Obama et sa secrétaire d’État, Hillary Clinton ». Pour mémoire, l’organisation terroriste menée par al-Baghdadi a été créée en 2003, l’administration Obama n’a pris ses fonctions qu’en janvier 2009. Une large part de la rue arabe estime que l’État islamique est une création du pouvoir américain. Un faux chapitre des Mémoires d’Hillary Clinton a inondé les réseaux sociaux. Ce faux faisait dire à la candidate démocrate qu’elle était à l’origine de ce mouvement… Une version XXIe siècle du « Protocole des sages de Sion », un faux qui se présente comme un plan de conquête du monde établi par les Juifs et les francs-maçons, un document très prisé dans certains pays, l’Égypte notamment. Trump candidat imaginait sa future administration comme « l’amie des musulmans modérés et réformateurs ». Et d’égrener une liste des valeurs américaines à laquelle les pays arabes devraient adhérer : droits des femmes, des homosexuels… Selon lui, la situation dans les pays arabes est équivalente à celle de la guerre froide. Une lutte qui passe par l’usage de la force mais aussi par un combat des valeurs.

 

L’immigration remise en question

 

Une nouvelle politique sera mise en place pour les candidats à l’immigration sur le sol américain. Donald Trump listait les tueries menées à « Orlando, Fort Hood, San Bernadino, Boston, le 11 Septembre… » toutes « commises par des immigrés ou des enfants d’immigrés ». Il veut établir une commission de l’islamisme radical afin de mettre en place de nouvelles règles pour ceux et celles qui veulent venir aux États-Unis. Un durcissement des conditions d’entrée sur le territoire qui ira donc jusqu’au gel des visas pour « les régions à risques ». Régions que « le département d’État et le Homeland Security seront chargés d’identifier ».

 

Le retour d’une Amérique décomplexée

 

Le discours tenu par Barack Obama au Caire en 2009 a horrifié Donald Trump. Le président démocrate avait fait acte de contrition en regrettant que par le passé son pays se soit montré vis-à-vis du monde arabe « arrogant » voire « colonial »… Une hérésie pour un Trump qui veut que « son Amérique » assume ses valeurs et trie ses alliés en fonction de celles-ci. Dès son discours de victoire, celui qui occupera le bureau ovale en janvier a parlé de « rassemblement ». Un vocabulaire choisi pour amadouer les ténors du Parti républicain. Avec la Maison-Blanche, le Sénat et la Chambre des représentants, les Républicains sont les grands gagnants de ce 8 novembre 2016. Ce qui ne signifie pas que l’interventionnisme militaire façon Bush Jr soit de retour. Ce serait même le contraire. Les propos de campagne resteront-ils des propos d’estrade ? Où se mueront-ils en actes politiques ? Réponses dès 2017.

Par notre correspondant à Tunis, Benoît Delmas

 

 

(1) Assassinat de l’ambassadeur John Christopher Stevens le 11 septembre 2012 dans le consulat de Benghazi.

Le Point