Diamants, art et pétrole: l’empire du premier couple d’oligarques africains

ENQUÊTE

Femme la plus riche d’Afrique, Isabel dos Santos, fille du président angolais, incarne avec son époux Sindika Dokolo une nouvelle élite africaine décomplexée. Mais ce couple glamour résistera-t-il à la fin du règne de José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 38 ans?

Le soleil se couche sur la pointe du cap d’Antibes. Sous les palmiers de l’Eden Roc, un échantillon de la jet-set se réunit. Ce mardi 23 mai, en marge du 70e Festival de Cannes, le joaillier genevois De Grisogono organise sa fête annuelle, intitulée «Love on the rocks», en présence de milliardaires et de stars de Hollywood. Le maître de cérémonie, Fawaz Gruosi, fondateur de la marque, s’affiche aux côtés de Naomi Campbell et couvre d’attentions un couple élégant, aussi discret que riche et puissant.

On ne le dit pas, mais les initiés savent que, ce soir-là, on célèbre aussi la femme la plus riche d’Afrique. Isabel Dos Santos, fille aînée du président angolais José Eduardo Dos Santos, qui quittera la tête de l’Etat fin août après trente-huit ans de pouvoir, est accompagnée de son époux Sindika Dokolo, ami et actionnaire de Fawaz Gruosi. Le couple le plus glamour d’Afrique est coutumier de ces soirées extravagantes où il se plaît à incarner une fierté africaine décomplexée.

Le luxe, l’excellence, le beau, voilà leur credo. Et la maison suisse, qu’ils contrôlent depuis 2012 via des montages de sociétés, s’inscrit dans ce triptyque. De Grisogono est une lubie, un petit caillou qui scintille au sein d’un empire bâti sur des secteurs moins glamour mais rentables à milliards.

Seule ou avec son époux, Isabel Dos Santos, 44 ans, dirige des sociétés de télécommunications, de pétrole, des cimenteries, des banques, un parc immobilier, en Angola et au Portugal. Un empire dont la puissance a décuplé en juin 2016 lorsque son père lui a confié la tête de la société pétrolière nationale, la Sonangol, la plus grande d’Afrique subsaharienne, la plus opaque sans doute aussi. En 2017, Forbes a estimé la fortune d’Isabel Dos Santos à plus de trois milliards de dollars.

Comme son père et son régime, comme la Sonangol, Isabel Dos Santos cultive le secret. «C’est dans sa nature d’être discrète, elle ne l’est pas par stratégie», justifie l’homme d’affaires Richard Attias, qui n’est pas peu fier de la compter au conseil de sa société de communication. Une discrétion qui se double d’une vigilance sans faille à l’égard de la moindre ligne écrite à son sujet. Elle n’a accordé qu’une poignée d’interviews, et se réserve pour des conférences bien cadrées sur les vertus de l’entrepreneuriat en Afrique. Sollicitée à plusieurs reprises, elle n’a pas souhaité s’exprimer dans le cadre de cet article.

C’est impossible de nier qu’elle doit une partie de son succès à sa proximité avec le président. Elle peut appeler un ministre, accéder à l’information de manière privilégiée, c’est indiscutable. So what? On ne peut pas la réduire à ça

Sindika Dokolo, mari d’Isabel dos Santos

Son époux semble plus décontracté. De retour de Chine où il a acheté une usine de ciment, il nous a donné rendez-vous dans un quartier huppé de Londres, à la lisière de Hyde Park où il promène son allure d’éternel étudiant. Homme d’affaires et esthète, né de parents congolais et danois, Sindika Dokolo est à la tête de l’une des plus importantes collections mondiales d’art africain.

Lui aussi est un héritier. Un disciple de son père, feu Augustin Dokolo Sanu, précurseur du secteur bancaire dans le Zaïre de Mobutu. Il fut l’un des hommes les plus riches du pays avant de tomber en disgrâce à la fin des années 1980. «Mon père m’a transmis cette confiance en soi, cette dignité africaine et ce goût pour l’aventure entrepreneuriale», dit celui qui voue désormais une admiration sans limites à son «père adoptif», José Eduardo Dos Santos, qui règne d’une main de fer en Angola voisin.

Morale nietzschéenne

Puisque Isabel, mère de leurs cinq enfants, ne s’exprime pas, c’est lui qui parle d’elle ou carrément à sa place. «On ne peut plus vivre caché, commence-t-il. C’est impossible de nier qu’elle doit une partie de son succès à sa proximité avec le président. Elle peut appeler un ministre, accéder à l’information de manière privilégiée, c’est indiscutable. So what? On ne peut pas la réduire à ça.»

Ensemble, ils assument ce qu’ils sont, revendiquent leur réussite avec une morale toute nietzschéenne, se glorifient par le beau qu’ils achètent et la puissance qu’ils se constituent au fil de leurs acquisitions. Leur modèle, ce sont les milliardaires des pays émergents qu’ils fréquentent assidûment. «On connaît quelques oligarques russes, explique Sindika Dokolo, et un jour lors d’un dîner, l’un d’entre eux me dit: «Tu penses que ta femme, c’est une Africaine riche. Mais tu n’as pas compris: c’est une oligarque russe. Quand elle est avec nous, elle parle comme nous, et on réfléchit à la façon de contrôler ensemble un secteur entier.» Il n’avait pas tort.»

La biographie d’Isabel dos Santos est pleine de secrets, de non-dits, de trous, de passages effacés – comme il sied à l’enfant chéri d’un régime communiste, relève le journaliste d’investigation angolais Rafael Marques, auteur d’enquêtes fouillées sur les affaires de sa famille. Car au tréfonds de son être, Isabel est russe ou plus exactement soviétique. Elle est née en 1973 à Bakou, URSS, en pleine Guerre froide. Son père est un jeune et beau militant indépendantiste, sorti d’Angola pour étudier chez le grand frère du «camp progressiste». Il y rencontre Tatiana Kukanova, jolie et brillante joueuse d’échecs aujourd’hui établie à Londres, à qui l’on prête toujours des liens étroits avec les services secrets russes.

Machiavel tropical

Mais sous ses airs taciturnes, José Eduardo dos Santos est un grand séducteur, et le couple se sépare vite. Leur fille n’a que 6 ans quand il succède à Agostinho Neto à la tête du tout jeune Etat angolais. Président mutique, sa vision du pouvoir est celle d’un Machiavel tropical, qui humilie et écarte les ambitieux ou les opposants sans recourir aux assassinats. On le dit solitaire, sans amis, à la façon d’un Poutine africain. «Ce n’est pas l’idéologie soviétique qui l’anime, mais l’essence du pouvoir», a dit de lui l’écrivain José Mena Abrantes, éternel porte-voix du régime. Sa fille va lui ressembler.

Au début des années 1980, l’Angola plonge dans la guerre civile et Isabel s’exile à Londres avec sa mère. «C’était une ado sympa, discrète et sans prétentions», se souvient la députée européenne et ancienne diplomate portugaise Ana Gomes, qui l’aidait notamment à obtenir ses visas pour l’Europe. Mais son joli minois cache des fêlures. Ses papillonnages sentimentaux et ses coups de déprime préoccupent son père, qui l’envoie soigner son vague à l’âme au Cap, en Afrique du Sud.

Au sortir de cette période de doute, l’ado fragile fait place à une femme d’acier, au CV de surdouée: ingénieure de formation, Isabel, qui parle six langues (portugais, russe, anglais, espagnol, français et italien), commence sa vie professionnelle comme consultante. En 2002, quand la guerre civile se termine enfin, elle devient l’oligarque la plus en vue d’Angola. Si elle n’a pas de fonctions politiques, elle jouit d’un statut de First Lady dont témoignent les limousines noires qui l’attendent chaque fois qu’elle rentre à Luanda. Elle voue toujours une admiration sans bornes à son père, même s’il s’est remarié deux fois et a eu au moins sept autres enfants. Sur les réseaux sociaux, elle salue «ce grand homme et grand Africain».

L’autre amour de sa vie, c’est Sindika. Le Congolais porte lui aussi les stigmates d’une guerre civile. Lorsque Mobutu est renversé et que son pays plonge dans le chaos, en 1997, la maison kinoise de la famille Dokolo, désargentée, est en ruines. Il tente de gagner le Brésil mais reste coincé à Luanda. «Ça a été un coup de poing dans la figure, dit-il. Il y avait ce truc qui résonnait en moi et que mon père m’avait raconté: l’indépendance et son atmosphère en RDC. Confiance en soi. Fierté. Des gens debout. J’ai retrouvé cette ambiance en Angola.»

Improbable coup de foudre

Un ami issu d’une famille belge de Kinshasa, Jonathan Johannessen, le présente à Isabel. «C’est le coup de foudre, ils tombent amoureux alors que ce n’était pas prévisible: en Angola, il est très difficile pour un Congolais de s’établir et les «Zaïrois» sont mal vus», se souvient Jonathan Johannessen de Kinshasa, où il dirige une société financière.

Au contact d’Isabel, Sindika va totalement «s’angoliser». C’est désormais de Luanda qu’il bataille pour le rapatriement des œuvres d’art volées en Afrique durant la colonisation. Un hobby qu’il médiatise et qui lui vaut de s’exprimer dans les grands raouts d’art comme la Biennale de Venise.

Intello de la famille Dos Santos autant que fou du roi, il se tient à l’écart de la politique, comme sa femme. Officiellement du moins, les deux beautiful people se concentrent sur leur empire économique, fruit d’une longue marche qui a pris vingt ans, a précisé Isabel sur la BBC.

En Angola, personne ne la croit quand elle dit avoir démarré sa carrière en vendant des œufs à l’âge de six ans. D’abord consultante chez Coopers & Lybrand, elle se lance officiellement en 1996 avec un restaurant et boîte de nuit branchée sur la plage, le Miami Beach Club. Tout en s’essayant à la collecte de déchets et en gérant son business de diamants en osmose avec les généraux.

Le diamant, dont l’Angola est l’un des plus gros producteurs, est le cœur de sa réussite, sa poule aux œufs d’or. Isabel dos Santos domine les exportations du secteur depuis bientôt vingt ans. Mais elle ne s’expose jamais, tirant les ficelles dans l’obscurité grâce à des amitiés cachées et des structures indéchiffrables. Son homme de confiance attitré est un coureur automobile et businessman ultradiscret, Juan Barazi. Habitué des 24 Heures du Mans, où ses voitures de course ont porté les couleurs de l’Angola, c’est un ancien petit ami, issu d’une grande famille de Kurdes syriens, qui a fréquenté le très sélect internat suisse du Rosey. «Il est totalement mystérieux», raconte un diplomate occidental qui a étudié son rôle dans la galaxie Dos Santos. Un homme à lunettes fumées, qui sort d’un jet privé pour grimper dans un 4×4, et inspecter les mines qu’Isabel et sa mère contrôleraient dans l’intérieur des terres. Il n’apparaît dans aucun organigramme et ne répond jamais aux questions des médias.

Souvent extrait dans des conditions terribles par des «creuseurs» qui fouissent les terres rouges du nord de l’Angola, contrôlées par les généraux, le diamant génère des marges considérables. Grâce à elles, au tournant des années 2000, Isabel se diversifie partout. Téléphonie, banques, supermarchés, cinémas, télévisions: sa boulimie d’investissements ne connaît pas de limites. Elle part à l’assaut de l’ancien colon portugais, où elle rafle tout, de la finance à l’énergie en passant par les télécoms. Pour gérer son empire – souvent à travers des prête-noms et des structures offshore –, elle s’entoure du nec plus ultra, du cabinet de conseil Boston Consulting au grand patron des avocats portugais, Proença de Carvalho, dont le groupe de média Diario de Noticias est détenu par des capitaux angolais.

Je préfère que la richesse du continent revienne à un Noir corrompu plutôt qu’à un Blanc néocolonialiste

Sindika Dokolo

Tout en s’occupant de haute stratégie, elle ne dédaigne pas le micromanagement. Chez De Grisogono, dans laquelle elle n’a officiellement aucun rôle, Isabel impose le relooking de la marque par une agence de communication portugaise, Born. Avec l’ambition de transformer la maison genevoise en poids lourd de la haute joaillerie. «Il n’y a pas un Noir fort et légitime dans le diamant, commente Sindika Dokolo. On va créer une véritable empreinte africaine sur ce secteur.»

A-t-elle construit tout cela parce qu’elle est fille de président? Ou Isabel dos Santos est-elle une vraie entrepreneuse? Les avis divergent. «Ce n’est pas parce qu’Isabel est «fille de» qu’elle-même ou Sindika ont réussi, estime un ami du couple. La raison de leur succès, c’est ce qu’ils partagent: l’audace, l’esprit d’entreprise, la rigueur, la force de caractère, l’intelligence.»

D’autres sont plus sceptiques. Dans son bureau surchargé de bibelots tiers-mondistes du Parlement européen, la députée socialiste Ana Gomes se montre sévère sur l’«ado sympa et réservée» dont elle s’est autrefois occupée. «Tout ce qu’elle a, elle l’a obtenu à partir de concessions de son père, affirme-t-elle. Elle se finance par les banques où elle est actionnaire, notamment au Portugal, et par ses sociétés offshore qui reçoivent des prêts de sociétés d’Etat angolaises.»

Le stigmate des PEPs

Sindika Dokolo assume: «Je suis ouvert aux critiques sur la corruption, le népotisme… Si la seule solution est une sorte de népotisme éclairé, ça ne me dérange pas. Le plus important pour moi est de créer une élite africaine pensante, capable de tenir tête aux Occidentaux et d’inverser le rapport de force.»

Malgré leur rhétorique tiers-mondiste, Isabel et Sindika parcourent le monde comme n’importe quel milliardaire, en jet privé ou en yacht de 40 mètres, et ne fréquentent que des lieux choisis: la Voile Rouge à Saint-Tropez, le restaurant Song Qi de Monaco ou l’hôtel Dorchester à Londres, où Isabel aime fixer ses rendez-vous. Avec son côté girly, voire bling-bling, elle dîne avec Lindsay Lohan ou son amie la mannequin angolaise Maria Borges, paie des millions de dollars pour convier la rappeuse Nicki Minaj à Luanda.

Mais quelque chose coince dans cette vie de luxe. Comme un stigmate qui ramène le couple au vieux cliché du kleptocrate africain. En passant devant un distributeur d’argent en plein cœur de Londres, Sindika Dokolo sort sa carte bleue angolaise, pour montrer qu’il ne peut pas ouvrir un compte en Occident.

Dans le jargon bancaire, lui et sa femme sont des PEPs, des «personnalités exposées politiquement», autrement dit qui présentent un risque de corruption. Contrairement à d’autres personnalités angolaises – sa demi-sœur Tchizé, le vice-président Manuel Vincente – Isabel dos Santos n’a jamais été la cible d’enquêtes pour blanchiment ou corruption en Occident. Mais son argent, comme celui de son mari, sent le soufre.

Quid de l’origine de leur fortune? La question, cette fois, agace. «Je n’accepte pas que nous, les Africains riches, devions nous excuser ou nous justifier», rétorque Sindika Dokolo avant d’avouer sans complexe: «Je préfère que la richesse du continent revienne à un Noir corrompu plutôt qu’à un Blanc néocolonialiste.»

Couple fragilisé

Placée sous surveillance des autorités européennes, Isabel Dos Santos se fait discrète au Portugal. Rien de tel en Angola. En devenant présidente de la Sonangol en 2016, la «princesse», ainsi qu’on la surnomme dans son pays, s’est emparée de la trésorerie du système Dos Santos. La décision, prise par son père, a provoqué la stupeur, car Isabel avait été jusque-là tenue à l’écart du secteur pétrolier. Face aux critiques sur son inexpérience, elle surjoue l’entrepreneuse à poigne, postant des photos d’elle sur Instagram et Twitter en compagnie des patrons d’Exxon, de Chevron et de géants chinois.

Pourtant, derrière les conseils d’administration, les soirées jet-set et les déclarations aux accents panafricains, le couple est fragilisé. La baisse des prix du pétrole a mis fin au boom économique que l’Angola connaissait depuis quinze ans. «Le silence d’Isabel Dos Santos sur la crise dans son pays est assourdissant», relève le politologue Didier Péclard, de l’Université de Genève, spécialiste de l’Angola.

Et le pétrole n’est pas le seul facteur déstabilisant. Le 23 août, José Eduardo Dos Santos, que l’on dit malade, laissera la place à son dauphin désigné, le ministre de la Défense Joao Lourenço. L’hégémonie d’Isabel risque de vaciller. «Beaucoup de gens aujourd’hui ont des ambitions politiques, des gens riches mais aussi au sein de l’armée, constate Ricardo Soares de Oliveira, spécialiste de l’Angola et professeur à Oxford. Elle, comme base de pouvoir, elle n’a pas grand-chose d’autre que son père.»

Des déclarations qui ont du poids

Sûre d’elle au point d’être parfois arrogante, Isabel n’a pas cultivé toutes les amitiés qui lui permettraient de pérenniser son pouvoir. Mais Sindika Dokolo se veut serein: «Si on était inquiet et que l’argent était notre unique moteur, on serait en train de tout vendre pour prendre nos cliques et nos claques.» Mais comme on n’est jamais trop prudent, il s’affiche sur Twitter aux côtés de Joao Lourenço, le dauphin de José Eduardo Dos Santos qui devrait lui succéder en août, comme pour prouver qu’il a le soutien du futur pouvoir.

De fait, si ses circuits financiers se trouvent loin, à l’abri du risque, le couple n’est pas pressé de quitter l’Afrique. Au contraire, Sindika Dokolo s’investit de plus en plus dans son pays natal, la République démocratique du Congo. Depuis quelques mois, il a pris position contre le régime autoritaire de Joseph Kabila, qui s’accroche au pouvoir malgré la fin de son dernier mandat le 19 décembre 2016. Un engagement qui lui a valu d’être condamné à un an de prison en RDC pour fraude immobilière, le 4 juillet dernier. Car le pouvoir congolais le sait bien, les déclarations de Sindika Dokolo ont du poids: nul dans la région n’ignore que la puissance militaire angolaise peut faire et défaire le pouvoir à Kinshasa.

Les mesures de rétorsion dont il fait l’objet dans son pays d’origine ne semblent d’ailleurs pas effrayer le mari d’Isabel dos Santos. Il a lancé le 10 août un «mouvement citoyen» baptisé «Les Congolais debout» pour «l’alternance en 2017». «Si, comme nous, vous pensez que la RDC souffre d’avoir été trahie par ses dirigeants, devenez un Congolais debout», clame-t-il.

Auprès de son beau-père, Sindika Dokolo prêche en faveur de Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur de la province minière du Katanga devenu candidat à la présidentielle. «Il a un game plan pour le pays», assure-t-il en répétant son expression favorite. Moïse Katumbi apprécie le soutien. «Sindika est courageux et on a besoin de lui pour bâtir la démocratie en RDC», dit-il. A son poignet, une montre De Grisogono.


Les ambitions du couple pour son joyau genevois

L’heure de la grande transformation a sonné pour le joaillier genevois De Grisogono. Aujourd’hui PME employant une centaine de personnes à Plan-les-Ouates, la marque aux bijoux extravagants veut se transformer en leader mondial de la joaillerie, du luxe et du diamant.

C’est du moins l’ambition de son actionnaire, Sindika Dokolo. «De Grisogono est une super boîte, mais encore assez peu connue. On veut en faire une marque plus connue», expliquait-il dans une interview réalisée à Londres en mars dernier. C’est la première fois que le gendre du président articule aussi clairement sa vision pour le joaillier genevois, racheté en 2012 pour quelque 100 millions de francs, en partenariat avec la société d’Etat angolaise Sodiam.

Sindika Dokolo dit avoir une «relation d’amitié» avec son fondateur, Fawaz Gruosi, à qui il reconnaît un «vrai talent d’artiste». Un talent qui doit permettre de redonner au diamant sa valeur de «dimension artistique et de rêve». Et de le vendre au meilleur prix.

«Mieux vaut être perçu comme un groupe de luxe que comme un groupe de trading de diamants, ajoute le gendre présidentiel. Je ne veux pas faire du diamant comme on trade du pétrole.» Comme la haute joaillerie est un secteur de niche, se hisser au sommet est possible rapidement, selon lui, si l’on dispose de capitaux abondants et d’un accès privilégié aux plus belles pierres. Ce qui est le cas désormais, grâce aux actionnaires angolais.

Isabel dos Santos s’est directement impliquée dans la montée en gamme de la société genevoise. C’est elle qui a engagé le consultant portugais Born pour redéfinir l’image de la marque. Le contrôle de De Grisogono s’inscrit dans sa stratégie de constituer un «champion africain du luxe», comme le souligne l’homme d’affaires français Richard Attias, qui a fait entrer Isabel dos Santos au conseil de sa société de communication.

Paradoxalement, De Grisogono a encore du mal à communiquer sur ses actionnaires. Impossible d’arracher à la société genevoise une déclaration les concernant. Attaquée récemment sur Instagram pour ses liens avec le régime Dos Santos, le joaillier a riposté par un communiqué qui omettait de citer l’Angola comme source principale de ses pierres.

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