Découverte gazière : Le Maroc sera fixé en mars 2017 ?

 

La société Sound Energy annonce la découverte potentielle d’un gisement géant de gaz. Une source proche du dossier avance qu’il faudra attendre mars prochain pour être fixé sur les réserves annoncées. Selon elle, les résultats, s’ils sont positifs, déclencheront une arrivée massive des sociétés de prospection.

 

La publication d’un communiqué très optimiste de la société Sound Energy, qui détient depuis moins d’un an et demi plusieurs permis de forer dans la région de l’Oriental, a suscité l’espoir de voir le Maroc aux portes d’une découverte importante, voire majeure.

 

La société anglaise a affirmé que les réserves du gisement de Tendrara pourraient avoisiner celles « du champ égyptien de gaz Zohr, qui pèse 30 trillions de pieds cubes ».

 

Après avoir foré en juin dernier un 1er puits appelé Tendrara 6 (TE-6) qui avait montré la présence de gaz, le deuxième TE-7 a, selon le PDG de la société cotée à la Bourse de Londres, confirmé les premiers indices permettant d’imaginer la découverte d’un gisement «super-géant» de gaz.

 

Interrogé par Médias24, un expert proche du dossier, qui requiert l’anonymat, affirme qu’après  la fin du deuxième forage, les tests de courte durée du débit gazier sont très encourageants, voire impressionnants.

 

«Contrairement à d’autres sociétés qui enjolivent leurs chiffres pour faire grimper leurs actions en Bourse, le communiqué de Sound Energy semble fiable, même s’il est trop tôt pour affirmer avec certitude qu’on s’achemine vers une découverte majeure. On peut cependant affirmer que SE a accompli un travail spectaculaire en très peu de temps, car effectuer deux forages en un an et demi, c’est énorme et du jamais vu au Maroc. La seule négociation des contrats avec l’ONHYM et la société partenaire OGIF prend presque un an», précise t-il.

 

Selon lui, la célérité de la société tient à sa certitude de «partir gagnante», tout en ajoutant qu’il ne faut pas faire preuve de triomphalisme, car les risques de déconvenue ne sont pas à écarter.

 

«Le puits Tendrara 6 porte ce numéro car AGIP, l’ONAREP et MPE avaient déjà foré dans cette région entre 1966 et les années 2000. Il y a donc eu les puits TE-1 et TE-2 forés par la société italienne AGIP, TE-3 par l’Office national de recherches et d’exploitation pétrolière et TE-4 et TE-5 par Maghreb Pétroleum Exploitation.

 

«Pour Sound Energy, TE-6 a été un ballon d’essai qui a largement dépassé les espérances de départ. Après les courts tests du flux gazier consécutifs au forage de TE-7, effectué en un temps record (50 jours), Sound Energy a démarré la phase fatidique de tests qui dureront deux mois. Ce n’est qu’à l’issue de ce délai que l’on pourra avancer avec certitude l’état du potentiel des réserves».

 

Cette version est confirmée par un communiqué de l’ONHYM qui affirme au lendemain de l’annonce de SE, que « le processus d’exploration sera long et nécessitera différentes phases de travaux avant de pouvoir se prononcer ».

 

Malgré son extrême prudence, notre interlocuteur semble cependant très optimiste, en révélant que le forage d’un troisième puits TE-8 qui va démarrer en janvier 2017 est de bon augure.

 

«La décision coûteuse d’effectuer un nouveau forage aussi rapidement a été prise après les résultats provisoires mais très encourageants du TE-7 qui ont révélé un taux de 8,8 millions de pieds cubes standard par jour avec une forte accumulation de pression après le test . La confirmation d’une vraie découverte ne se fera qu’à l’issue du forage de TE-8, de nouveaux tests de débit et surtout après la certification des résultats de SE par une société indépendante».

 

Refusant de parler de découverte «majeure», notre source affirme cependant qu’en cas de confirmation de réserves «intéressantes», le Maroc pourra alléger sa facture énergétique en subvenant aux besoins domestiques et en alimentant les centrales électriques du pays en gaz.

 

Interrogé sur un précédent d’exploration aussi encourageant dans le passé, l’expert concède qu’il n’a jamais été confronté à un cas de figure aussi prometteur en plusieurs décennies de carrière..

 

«Pour l’instant, le train n’a pas déraillé, et tout va bien mais c’est la géologie qui aura le dernier mot. Sound Energy est une société sérieuse, qui doit rendre des comptes à ses investisseurs, mais le Maroc ne doit pas se réjouir avant l’heure», tempère t-il..

 

Notre interlocuteur tient à rappeler le processus d’exploration qui a abouti à l’optimisme actuel.

 

«Le forage de TE-6 devait montrer la présence de gaz pour estimer une capacité de production journalière à partir du débit constaté. SE avait annoncé un écoulement de 17 millions de pieds cubes par jour, soit 7 fois plus que ses prévisions (diviser par 35 pour l’équivalent en mètres cubes).

 

«Pour l’instant, la société a laissé de côté TE-6 en entamant en septembre dernier le forage de TE-7 qui a pour vocation d’estimer avec plus de précision le volume des réserves. Si les annonces se confirment, SE reprendra le forage de TE-6 pour l’exploiter commercialement. Les indices sont très encourageants, mais ils ne seront vraiment fiables qu’après les examens de longue durée qui devront les valider.

 

« Afin d’arriver à la phase finale d’exploitation et de commercialisation, il faut beaucoup d’argent pour financer les gros investissements (gazoducs, infrastructures …) et les conclusions de SE ne sont pas suffisantes. Il faut obligatoirement que la société anglaise obtienne une certification des réserves par une société spécialisée labellisée Banque mondiale, qui effectuera une contre-expertise ».

 

Après avoir épluché les dossiers (chiffres, tests …) de SE, cette société indépendante rendra son verdict positif ou négatif en se basant sur les conclusions de ses propres géologues, géophysiciens … S’il y a confirmation, l’exploitation pourra démarrer et l’activité deviendra un projet industriel comme celui d’une raffinerie par exemple.

 

Selon notre interlocuteur, les résultats des examens qui prendront fin en mars prochain laissent entrevoir deux scénarios complètement opposés pour l’avenir de la prospection au Maroc.

 

«Le forage de plusieurs puits offshore qui se sont révélés secs et la baisse du prix du pétrole n’encouragent pas vraiment les sociétés de recherche à s’installer au Maroc. Si les chiffres de Sound Energy se confirment en mars prochain, cela donnera un coup de fouet extraordinaire à l’activité d’exploration, actuellement en berne au Maroc, et il y aura une véritable ruée des sociétés étrangères pour chercher du gaz ou du pétrole.

 

«Dans le cas contraire, on peut s’attendre à un coup d’arrêt quasi-définitif pour la prospection énergétique au Royaume. Dans la profession, c’est souvent quitte ou double mais pour le Maroc c’est une chance inespérée de relancer l’exploration gazière, car celle concernant le pétrole n’a pas abouti.»

 

Au final, si les annonces prometteuses se confirment, elles ne feront pas du Maroc un pays exportateur comme l’Arabie Saoudite, mais raviveront l’intérêt des sociétés d’exploration, tout en lui permettant de faire des grosses économies en termes d’importation d’énergies fossile.

Par Samir El Ouardighi     – Medias24.com –

 

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