Croissance : un exercice difficile pour le continent

 

2016 a été une année mouvementée pour le continent. En effet, les gouvernements déjà malmenés par l’extension du terrorisme et des soubresauts politiques ont dus également gérer la baisse brutale des cours de pétrole. S’y ajoutent un marché miniers fragilisé par l’effet yo-yo qui a caractérisé la cotation des minerais. Une conjoncture qui a fragilisé les locomotives du continent à savoir, l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Angola. Parallèlement, les pays ayant fait tôt le pari de la diversification ont démontré une capacité de résilience de leurs économies respectives.

Après un exercice 2015 au ralenti, la croissance économique d’Afrique subsaharienne a continué sur son trend à la baisse en 2016. Une baisse de régime qui s’explique par la mauvaise santé des économies locomotives du continent, notamment l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigéria. En effet, Pretoria a vu son taux de croissance stagner à 0,1% en 2016 et devrait continuer sur ce trend en 2017 avec une estimation de 0,5% pour 2017. Des pays qui restent les principaux exportateurs de matières premières de la région et qui ont subis de plein fouets la baisse des cours mondiaux, le durcissement continue des conditions de financement ou encore la sécheresse.

 

Un continent à plusieurs vitesses

Une conjoncture qui a néanmoins démontré la résilience économique des pays ayant fait le choix de la diversification ou qui y ont été contraints par l’absence de matières premières. Selon la Banque mondiale, près d’un quart des pays du continent auraient « résisté à cette conjoncture défavorable » et connaîtraient un bon dynamisme économique. Il n’empêche que la croissance globale du continent reste loin des niveaux enregistrés avant la crise financière 2008.

 

Au niveau régional, le taux de croissance de l’Afrique de l’Ouest devrait atteindre 6,9% selon La BCEAO, contre 6,6% en 2015. Une hausse qui s’explique par l’accroissement du PIB de la zone qui est passé de 6,8% au 3e trimestre 2015 à 7,1% lors de la même période en 2016. Une bonne santé de la zone UEMOA qui contraste avec la détérioration du déficit global qui est passé de 3,2% du PIB en 2015 à 4,1% à fin septembre 2016. Une situation qui s’explique par l’accroissement des dépenses publiques notamment militaires et sécuritaires en réaction à la recrudescence des attaques terroristes.

 

L’Afrique Centrale a pour sa part souffert des contrecoups pétroliers lors de l’exercice 2016. La Cémac a vu son taux de croissance baissé de moitié, passant de 2,4% e, 2015 à 1% en 2016. Ce alors que la BEAC prévoyait une croissance de 4,2% pour l’année écoulée en début 2016. Une dégringolade qui s’explique par un « double choc » économique et sécuritaire que subissent le Tchad, le Cameroun et la Centrafrique. Une situation qui a poussé les pays de la sous-région a sollicité l’appui du FMI et de ses différents partenaires internationaux.

 

En plus d’Afrique du Sud, La récession a également durement touché le Zimbabwe qui a accusé un taux de croissance négatif de 0,3% en 2016 et qui devrait se creuser davantage en 2017 pour atteindre -2,5% pour 2017. Les estimations de la Guinée Equatoriale sont également dans le rouge en 2016 avec le plongeon de son taux de croissance à -9,9%, un taux qui devrait s’apprécier pour atteindre -5,8% en 2017.

 

Dans ce contexte le Kenya fait figure de bon élève avec une croissance de 5,5% en 2015 et des prévisions pour 2016 et 2017 qui tablent sur une expansion économique de 6.0 % et 6.4 % respectivement. Entre 2014 et 2015, l’économie kényane a bénéficié d’un environnement macroéconomique stable, avec une inflation à un seul chiffre, en dépit d’une dépréciation de 10 % de la monnaie en 2015. Sur la même période, la vie politique a été dominée par des appels à réformer la Constitution afin d’augmenter les finances des 47 régions. L’urbanisation galopante du pays représente également une opportunité pour l’expansion des services et autres activités à forte valeurs ajoutées.

 

Bien que l’économie kényane ait fait preuve d’une capacité de résilience exemplaire, la Côte d’Ivoire a déjoué les pronostics avec une croissance de 8% lors de l’exercice 2016 et qui devrait se maintenir en 2017. Abidjan est talonné par l’Ethiopie avec une croissance de 6,5% en 2016, qui devrait passer à 7,5% en 2017. Le Ghana ferme se trio de tête avec une croissance de 3,3% en 2016, mais qui devrait grimper à 7,4% en 2017.

 

La Chine assoit sa présence

Une comparaison avec le volume des échanges entre l’Afrique et les pays occidentaux permet de mesurer l’avance prise par la Chine. En effet, l’axe commercial Pékin-Afrique a enregistré une amélioration de 31% en 2016, atteignant 2,5 milliards de dollars lors des 10 premiers mois de l’exercice écoulé. Une différentiation marquante entre 2005 et 2015. Sur cette période, le cumul des flux commerciaux a dépassé la barre des 300 milliards de dollars en 2015 et continue sa progression. D’un autre côté, sur la même période, le volume des échanges Union-Européenne – Afrique n’atteint pas 200 milliards USD tandis que le commerce Etats-Unis – Afrique stagne à 110 milliards USD. Même s’il faut noter que l’Afrique du Sud et l’Angola concentrent à eux seuls près de la moitié des échanges africains avec la Chine, il n’en demeure pas moins que la Chine est omniprésente dans une cinquantaine de pays du continent. On les retrouve aussi bien dans le BTP, dans les mines ou dans l’import-export.

 

La Chine est ainsi présente dans 1 046 projets sur le continent et ses entreprises construisent actuellement 2 233 Km de chemin de fer et 3 530 Km de routes. Dans la plupart des cas, les projets dont la réalisation est confiée par les pays africains à des compagnies chinoises bénéficient d’un financement intégral ou partiel des banques de l’empire du milieu, notamment de la puissante Exim Bank. Les difficultés économiques de la Chine si elles devaient perdurer font cependant craindre des tensions sur les projets africains auxquels elle participe.

Par Amine Ater  – La Tribune Afrique –