CPI/Afrique : une relation houleuse

Après avoir échoué à faire accepter un départ collectif de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, les États africains quittent individuellement cette institution onusienne.

L’Afrique du Sud a annoncé hier, via la télévision publique, sa décision de mettre fin à son adhésion à la Cour pénale internationale, un retrait qui sera effectif dans un an, à partir de la date de sa notification à l’ONU. “La République de l’Afrique du Sud se retire de la CPI, un retrait qui prendra effet dans un an, à compter de la date de réception de cette lettre par le Secrétaire général de l’ONU”, a annoncé le ministre sud-africain des Affaires étrangères Maite Nkoama-Mashabane dans la journée, lit-on sur le journal en ligne Africa News. “L’Afrique du Sud estime que ses obligations en matière de résolution pacifique de conflits sont, dans certains cas, incompatibles avec l’interprétation des obligations” de la CPI, a souligné le ministre, expliquant que “par conséquent, la situation nécessite que la République de l’Afrique du Sud se retire du statut de Rome de la Cour pénale internationale”, a rapporté la même source. L’Afrique du Sud explique sa décision par l’affaire opposant Pretoria à la CPI qui a exigé l’arrestation du président soudanais Omar El-Béchir, lors du Sommet de l’Union africaine qui s’est déroulé en Afrique du Sud en juin 2015. Les autorités sud-africaines ont opposé un refus à cette demande, considérant que ces droits n’ont pas été respectés par cette juridiction internationale. “La CPI entrave l’aptitude de l’Afrique du Sud à honorer ses obligations en matière de respect de l’immunité diplomatique”, a expliqué le chef de la diplomatie sud-africain à la télévision. Mardi, le président du Burundi, Pierre N’kurunziza, a signé le décret engageant le pays sur la voie de sortie de la CPI. “La République du Burundi se retire du Statut de Rome de la Cour pénale internationale adoptée à Rome le 17 juillet 1998”, lit-on dans le texte qui valide en fait le vote des députés Burundi en faveur de cette décision. Accusé de crimes et d’exécutions sommaires contre ses opposants, le président N’kurunziza chercherait, selon des ONG, à échapper à la justice internationale. Ainsi, après avoir échoué à faire accepter un départ collectif de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, les États africains quittent individuellement cette institution onusienne. En effet, cette question revient à l’occasion de chaque sommet de l’Union africaine (UA), dont certains membres comme le Sénégal et le Nigeria avaient voté contre le retrait collectif de la CPI en juin 2015 à Johannesburg. Estimant que cette Cour ne juge que des responsables politiques africains, l’UA avait soumis au vote cette décision de retrait qui n’a pas requis l’unanimité. À noter que 34 pays africains seulement ont adhéré à la CPI, alors que d’autres, dont l’Algérie, se sont contentés pour le moment de ratifier le traité de Rome. Des pays comme les États-Unis et Israël n’ont pas intégré cette institution.

Le départ du Burundi et de l’Afrique du Sud risque de provoquer un effet domino aussi bien en Afrique qu’ailleurs, pouvant ainsi entraîner l’éventuel gel de l’activité de la CPI ou carrément sa disparition.

Lyès Menacer

Liberté Algérie