Cour Pénale Internationale (C.P.I) : le malaise africain ! (par Ousmane Diallo)

On assiste depuis quelques temps à une sorte de rébellion de certains Etats africains contre la C.P.I. Une Cour que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de juridiction fantoche, mise en place dans le but de juger uniquement les dirigeants Africains. Pis, d’autres fustigent son caractère néocolonial, qui de surcroît semble être instrumentalisé par l’Occident pour traquer les dirigeants Africains qui s’aventureraient à remettre en cause ou refuseraient leur politique de domination et d’asservissement sur le continent noir.  En effet, depuis sa création au début des années 2000 précisément en 2002 par le statut de Rome, force est de  constater que la plupart des enquêtes diligentées et les affaires enrôlées  à la Cour Pénale Internationale (CPI), concerne le continent Africain. Une tendance qui a fini par écorner l’image même de cette juridiction après plus d’une décennie d’exercice. Une juridiction quand bien même trop importante pour notre humanité, victime de l’unilatéralisme des grandes puissances de ce monde. En d’autres termes, cette cour pourrait régler beaucoup de problèmes si elle était au dessus des Etats et ne fait pas de distinction de race et de parti-pris. D’ailleurs, les statistiques concernant cette juridiction tapent aux yeux. Par exemple, sur les dix enquêtes ouvertes dans neuf pays depuis son entrée en vigueur en 2003, l’Afrique se taille la part du lion avec pas moins huit pays concernés. Mieux, à part le chef de guerre serbe Slovedan Minochevitch, les personnalités Africaines allant de Charles Taylor à l’Laurent Gbagbo occupent depuis le box des accusés à la CPI.

Pourtant, de la création de cette dernière à nos jours, combien de crimes ont été commis à travers le monde, mais l’attitude de la CPI face à cet état de fait laisse perplexe tous les hommes épris de paix et de justice, qui ne comprennent toujours pas le mutisme de cette juridiction supranationale sur les crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis en Palestine, en Irak, en Afghanistan en Tchétchénie et en Syrie ces dernières années. Pis, les présumés auteurs de ces crimes ne sont jamais inquiétés parce que protégés par leurs pays qui refusent même de ratifier le statut de Rome à l’instar des Etats Unis, de la Russie, de la Syrie et de Israël …etc dont les soldats ont commis beaucoup de crimes dans des théâtres d’opération. Une situation inacceptable, mais acceptée de facto par une communauté internationale instrumentalisée, coutumier à verser dans le dilatoire. D’autant plus que, que la CPI n’hésite même pas à poursuivre et à délivrer des mandats internationaux à des chefs d’Etats Africains en exercice, occultant d’autres dirigeants qui font pire. Par exemple, les présidents Soudanien Omar El Béchir et Kenya, Uhuru Kenyatta pour de supposés violations de droits et de crimes commis respectivement au Darfour et au Kenya étaient sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Toutefois, s’il y a véritablement une justice internationale digne de ce nom beaucoup de chefs d’Etat occidentaux devraient aussi passer à la trappe à l’exemple de George W. Bush pour des crimes commis en Irak et en Afghanistan sous le couvert du fameux Patriot Act qui n’était ni plus ni moins une manière de légaliser la torture et autres  formes de violations de droits de l’homme dans sa supposée guerre contre le terrorisme.

Qu’en est-il mais des Premiers ministres israéliens qui ont commandé Tsahal (l’armée israélienne), qui a commis beaucoup de crimes durant les soixante dernières années, pourtant personne n’ose en parler. Et où trouvent maintenant les criminels nazis dont certains avaient rejoints l’Amérique Latine pour se la couler douce. Puis les allégations sur l’implication supposée de la France dans le génocide Rwandais et récemment dans le conflit avec la mort brutale de Kadhafi. Sans oublier l’implication de Tony Blair  complice de Bush dans les crimes commis en Irak et en Afghanistan. Ainsi, si la CPI avait pris la décision de poursuivre tous les susmentionnés comme elle l’a fait pour Béchir et Kenyatta, Gbagbo… elle en sortirait grandie et sa légitimité renforcée. Certainement, cela explique en partie le courroux de certains chefs d’Etat Africains qui semblent maintenant mener une véritable rébellion contre cette approche sélective et discriminatoire qui avait débuté, lors du 26ème Sommet de l’Union Africaine (UA) à Addis Abeba en janvier 2016. Un sommet qui avait servi de tribune au président Uhuru Kenyatta. Ce dernier de proposer le désengagement des Etats partis africains. Une proposition motivée par un sentiment d’acharnement contre les dirigeants du continent noir. Même si, cette proposition n’emballait pas certains chefs d’Etat, il reste que l’U.A l’avait suivi. Pis, la requête de la CPI adressée aux autorités sud africaines pour faire arrêter Béchir présent dans le territoire et rejetée par Pretoria, accentua davantage les malentendus suite aux critiques d’organismes occidentaux envers le régime de Zuma. Et depuis, une ambiance morose règne avec à la clé les demandes formulées par Bujumbura de Pierre Nkurunsiza, de l’Afrique et de la Gambie dont l’ex ministre de la justice Fatou Ben Souda est l’actuel Procureur général de ladite juridiction, pour se retirer du traité de Rome. Une véritable saignée qui n’est pas prêt de s’estomper, dans la mesure où selon certaines indiscrétions d’autres pays africains s’apprêteraient à leurs emboîter le pas. C’est la raison pour laquelle il est temps que la CPI change d’approche ou tout simplement disparaître.