Côte d’Ivoire : quel vice-président pour Alassane Ouattara ?

Ce sera le deuxième homme le plus puissant de la Troisième République. Sa désignation attire naturellement toutes les convoitises, tisonne clairement toutes les ambitions. Sans forcément déclarer cette appétence, les candidats au poste se positionnent sur le champ politique avec en toile de fond des chicanes dans les couloirs et les salons du pouvoir. Mais au final, un seul pourra s’asseoir sur le fauteuil de la deuxième institution du pays. Qui sera-t-il ? La Tribune Afrique vous livre ici quelques clés de lecture pour y voir plus clair.

Ceux qui s’attendaient à connaître le nom du futur vice-président ivoirien en guise de cadeau pour la nouvelle année attendent toujours. Alassane Ouattara a indiqué lors de ses vœux pour l’année 2017 que cette nomination interviendrait avant la fin janvier 2017. D’autres qui espéraient voir le nom du dauphin politique émerger après le tête-à-tête entre Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, son allié dans la coalition au pouvoir, ont dû déchanter. Rien n’a filtré de cette rencontre entre le chef de l’Etat et son « aîné ».

Les candidats hors course, disqualifiés ou évincés

Le mystère reste donc habilement entretenu pour que le choix se porte sur un candidat consensuel. Des noms circulent dans les milieux politiques. Mais dans un pays où le costume d’aucun poste n’est spécialement taillé pour un homme politique en particulier quel que soit sa pointure, le conditionnel est une bonne garantie de prudence. Pourtant, en procédant par élimination, la liste des candidats se réduit de plus en plus. Il faut d’abord écarter de la course à la vice-présidence, les candidats évincés, disqualifiés.

Guillaume Soro : le perchoir comme parapluie judiciaire

Dans cette liste, Guillaume Soro, le président sortant de l’Assemblée nationale, ne lorgnerait pas le fauteuil de second du président. Il se verrait bien continuer à conserver son perchoir de l’hémicycle. « Une garantie pour lui de conserver son immunité pour les affaires judiciaires dans lesquelles il pourrait être poursuivi », planche un commentateur de la vie politique ivoirienne. S’il rempile, Guillaume Soro se verrait reléguer au second plan dans la préséance de la République. Dans le cas contraire, l’homme avait menacé de créer son propre parti. Aux dernières nouvelles, Alassane Ouattara lui aurait assurer qu’il aurait le poste.

Henri Konan Bédié : le « Sphynx » pourra-t-il renaître de ses cendres?

Sa rencontre avec le chef de l’Etat a encore relancé les supputations sur le choix d’Henri Konan Bédié comme vice-président. Selon plusieurs observateurs, l’octogénaire serait disqualifié par son âge dans un vaste mouvement de régénération de la classe politique et économique. Soutien indéfectible d’Alassane Ouattara depuis le second tour de la présidentielle de 2010 qui porta ADO au pouvoir, Henri Konan Bédié aurait troqué ce soutien, au prix d’une fronde sans précédent dans son parti, contre un ultime poste de responsabilité.

Plusieurs fois ministre avant de devenir président de la Côte d’Ivoire (1993-1999), membre de droit du conseil constitutionnel, Henri Konan Bédié ne compte pas seulement ajouter ce poste à son CV politique. Ces 25% au premier tour de la présidentielle de 2010 le confrontent sans doute dans l’idée que le « Sphinx » (son surnom) pourrait renaître de ses cendres.

Hamed Bakayoko : le « Petit Pasqua », trop occupé pour 2020

Homme du premier cercle de Ouattara, le puissant ministre de l’Intérieur depuis 2011, Hamed Bakayoko est un homme de la base politique. Fin politicien, cet ancien journaliste est le discret légionnaire d’ADO. Occupé à mener à bien les élections, la mission de l’homme est devenue plus sécuritaire depuis l’attentat du Grand-Bassam de mars 2016. Ce qui rend sa nomination au poste de vice-président plus qu’hypothétique.

Homme du sérail Ouattara du temps où ce dernier était premier ministre d’Houphouët-Boigny, Hamed Bakayoko lui voue une admiration et une fidélité sans faille. L’actuel ministre de l’Intérieur, incorporé au plus secret de l’appareil d’Etat, observe beaucoup et parle peu. D’abord à Ouagadougou où il a appris auprès des idéologues pendant sa jeunesse. Ensuite au sein des mouvements étudiants en Côte d’Ivoire qui lui permettent d’asseoir une base politique populaire vigoureuse qui lui permet de rivaliser avec Guillaume Soro.

Pour contrer l’ambition de son meilleur ennemi, Hamed Bakayoko se verrait bien prendre les rênes du Rassemblement démocratique des indépendants (RDR, au pouvoir) qui se prépare à une fusion avec le PDCI pour devenir un super parti dans le paysage politique ivoirien. Ce sera pour Hamed Bakayoko l’antichambre pour se préparer à la succession d’Alassane Ouattara en 2020. De là, il espère régner sur le Palais du Plateau qui domine la lagune d’Ebrié.

Les candidats les plus probables

Dans tout autre scénario, les noms d’autres candidats semblent les plus probables pour occuper le fauteuil de premier vice-président du pays.

Daniel Kablan Duncan : l’homme de missions avantagé par un ticket « Nord-Sud »

L’actuel premier ministre aura pratiquement traversé les gouvernements de tous les présidents de la République ivoirienne au cours de sa longue carrière ministérielle. Ce discret technocrate sait mener des objectifs gouvernementaux à leur terme sans trop de bruit. Haut fonctionnaire que l’on décrit comme efficace sans être dévoré par l’ambition, il devrait abandonner son poste de premier ministre à une autre ponte du RHDP pour occuper le poste de vice-président.

En effet, selon un arrangement de la coalition au pouvoir, le poste de deuxième personnalité politique de Côte d’Ivoire, introduite par la nouvelle constitution devait échoir à un membre du PDCI d’Henri Konan Bédié qui soutient vaille que vaille Ouattara. ADO a-t-il rencontré HKB ce jeudi 05 janvier pour baliser la route à Daniel Kablan Duncan ?

En tout cas, l’actuel premier ministre est avantagé par un argument de taille qui pourrait peser dans le choix du président ivoirien. Kablan Duncan est issu de Ouellé dans le centre du pays. C’est donc le seul des candidats à ne pas être issu de la même région que le président. Sa nomination permettrait à coup sûr de démentir les accusations de tribalisme portées sur le régime Ouattara.

Amadou Gon Coulibaly : le « Lion » surpuissant qui veut sortir de l’ombre

Jusqu’à il y a quelques semaines, les proches du puissant secrétaire général de la présidence, confortés par une promesse présidentielle, misaient sur Amadou Gon Coulibaly pour occuper le poste de futur vice-président. Mais à la lumière des dernières informations diffusées par la presse, cet homme de l’ombre de Ouattara dont il est le plus proche -mis à part son frère- pourrait prendre de la lumière.

Au nom de l’équilibre des pouvoirs au sein de la coalition RHDP, porter ce membre du RDR à la vice-présidence donnerait la prééminence au parti au pouvoir. Pour respecter l’équilibre en place, le « Lion » devrait déposer ses valises à la primature. Ce qui laisse présager d’un jeu de chaises musicales qui chamboulerait la composition de l’équipe gouvernementale.

Mais cette éminence grise du président le sait bien. Le poste de secrétaire général de la présidence est certes une fonction de prestige et de puissance, mais qui a le désavantage de vous tirer hors du champ visible. Amadou Gon Coulibaly qui n’a jamais caché ses ambitions de succéder à son « presque jumeau » de président, veut aller très vite pour se positionner dans la lutte de succession et lorgne donc le fauteuil de dauphin constitutionnel. Et même si l’arbitrage semble avoir été fait en faveur de Kablan Duncan, les ficelles que Gon Coulibaly tire dans l’ombre pourraient apporter un coup de théâtre !

Le jeu de chaises fera à coup sûr tomber des têtes et va promouvoir d’autres. Thierry Amoh Tanoh, actuel secrétaire adjoint de la présidence pourrait reprendre le fauteuil de son mentor, Gon Coulibaly. Il se murmure même que ce dernier pousserait l’ex-directeur d’Ecobank en pion pour « voler » le fauteuil de la vice-présidence promis à Kablan Dunan. Subtile manière pour damer le pion à un adversaire politique dans cette la course.

Tidjane Thiam : l’outsider qui pourrait brouiller les cartes

Un costume de présidentiable semble avoir été taillé pour lui tant Tidjane Thiam a rencontré les grands de ce monde de Tony Blair à Barack Obama. Réputé être un génie de la finance internationale, il a pour lui la maîtrise des hautes sphères internationales. Promu au rang de premier patron noir d’une entreprise du Footsie 100 lorsqu’il fut porté à la tête de Prudential Insurance, Tidjane Thiam dirige aujourd’hui la banque Crédit Suisse.

Mais ce financier pure souche garderait un mauvais souvenir de la vie politique. Ministre de la planification de Bédié en 1994, Tidjane Thiam sort de la vie politique avec le coup d’Etat de 1999. Qualifié de tous les superlatifs de qualité, Tidjane Thiam pourrait marquer son retour à la politique avec en vue un poste de vice-président. Si le choix de Ouattara se portait sur lui, ce serait un pied de nez qui viendrait doucher les ambitions des prétendants. Mais son ascension dans la haute finance le dissuaderait peut-être de s’embourber dans les querelles des couloirs du pouvoir.

Dans tous les cas, le poste de vice-président aiguise tous les appétits. Mais ce tremplin qui fera du détenteur du siège, le dauphin constitutionnel d’Alassane Ouattara, ne présage pas d’un raccourci pour accéder à la présidence. La vraie guerre se fera en 2020… par les urnes !

 

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