COP22 : le roi du Maroc donne le ton !

Après une semaine de négociations entre les 196 Etats partis de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, les chefs d’Etat et de gouvernements se sont réunis ce mardi à Marrakech à l’occasion du Sommet de la COP22. L’accord de Paris adopté en décembre 2015 est entré en vigueur depuis le 4 novembre dernier et a été déjà ratifié par 109 pays. Il s’agira maintenant de l’opérationnaliser à travers une feuille de route qui s’étalera jusqu’en 2020.

Les Chefs d’Etats et de gouvernements ainsi que les présidents des délégations des 196 pays membres de la Convention des Nations Unies sur les Changements Climatiques ont pris, ce mardi, le relais des activités entrant dans le cadre de la COP 22 qui se déroule à Marrakech. Le rendez-vous phare des COP, c’est en effet le Sommet de haut niveau des chefs d’Etats et celui de Marrakech a débuté avec la traditionnelle cérémonie protocolaire d’ouverture. Le roi Mohammed VI du Maroc, pays hôte de l’événement, a ainsi accueilli ses homologues à la porte du site de l’événement en compagnie du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon. Après la séance de l’officielle photo de famille, le Sommet s’est ouvert avec les mots de bienvenue du président de la COP 22, Salaheddine Mezouar, chef de la diplomatie marocaine.

 

Plaidoyer de Mohammed VI en faveur des pays vulnérables

Dans le discours qu’il a prononcé à cette occasion, le souverain marocain s’est réjoui de l’organisation de cette conférence au Maroc, la deuxième fois, après la session de 2001, ce qui traduit  l’attachement du Maroc au cadre multilatéral pour aborder les défis internationaux :

 

« La Conférence de Marrakech constitue un tournant décisif dans le processus de mise en œuvre de l’Accord historique de Paris » a souligné Mohammed VI qui n’a pas manqué de rappeler que l’humanité entière place de grands espoirs sur les décisions qui seront prises au cours de cette conférence. De fait, « elle attend plus que la simple annonce d’engagements et de principes pour enrayer le réchauffement climatique et en atténuer les effets ».

Après avoir réaffirmé les engagements pris par le Maroc dans le cadre de la prise en compte de la problématique mondiale des changements climatiques, le souverain marocain s’est fait l’avocat des pays vulnérables notamment Africain, réaffirmant que « l’ère coloniale est révolue, tout comme la logique qui consiste à imposer les décisions ». En ce sens, le souverain a plaidé pour l’idée qu’il ne faudrait pas imposer aux pays des décisions auxquelles ils ne pourront pas se conformer, non pas par rejet mais par défaut de moyens nécessaires. Pour Mohammed VI, si de nombreuses promesses ont été faites dans de multiples conférences antérieures, la COP 22 s’annonce comme « celle de la vérité et de la clarté, une conférence pour prendre nos responsabilités devant Dieu et l’Histoire, et devant nos peuples ». Le coût de l’attentisme et le manquement à l’impératif d’affronter le changement climatique et ses effets, auront des conséquences graves, mettant en péril la sécurité et la stabilité et induisant l’extension des foyers de tension et des crises à travers le monde, a avertit le souverain chérifien.

 

« Nos conférences et nos accords auront-ils un sens si nous laissons les catégories les plus vulnérables, là-bas dans les îles menacées de disparition et dans les champs confrontés au risque de la désertification en Afrique, en Asie et en Amérique latine, face à leur destin lourd de périls ? » s’est interrogé le roi du Maroc pour qui la problématique de l’environnement est une affaire délicate qui doit être abordée avec tout le sérieux et toute la responsabilité nécessaires.

 

Enjeux de l’heure

L’enjeu de la Conférence de Marrakech, d’après le souverain marocain, c’est « d’offrir aux pays du sud et plus particulièrement aux pays les moins avancés et aux Etats insulaires, de bénéficier d’un soutien financier et technique urgent leur permettant de renforcer leurs capacités et de s’adapter aux changements climatiques ». Il s’agira aussi du respect par « les pays industrialisés qui se disent avancés » de leurs engagements et la mobilisation, à l’horizon 2020, des cent milliards de dollars, au moins, sur lesquels ils se sont engagés lors de la signature de l’Accord de Paris. Mohammed VI a également insisté sur l’implication de tous les acteurs dans la facilitation du transfert de technologie et la nécessité d’œuvrer au développement de la recherche et de l’innovation dans le domaine du climat et enfin, la nécessité d’une forte dynamisation des initiatives portées par les acteurs non gouvernementaux notamment les entreprises, les collectivités territoriales et les associations de la société civile, à une forte dynamisation des initiatives.

 

« Le bilan de cette conférence sera décisif pour le devenir de la nouvelle génération des conférences des parties, qui devront se focaliser sur l’initiative et l’action » a conclut le roi du Maroc pour qui l’Accord de Paris n’est pas une fin en soi et les résultats de la Conférence de Marrakech sont, plutôt « un test réel pour mesurer la fiabilité des engagements que nous avons souscrits et la crédibilité des parties qui les ont annoncés ».

Du financement pour s’adapter à la vulnérabilité climatique

Prenant la parole à son tout, le secrétaire général sortant de l’ONU a tenu à mettre en exergue le soutien ferme à la mise en œuvre de l’accord de Paris par les partis membres de la Convention, dix jours après son entrée en vigueur.

 

« Les pays ont fermement soutenu l’Accord parce qu’ils se rendent compte que leur propre intérêt national est mieux garanti par la poursuite du bien commun. Maintenant, nous devons traduire les mots en politiques et en actions efficaces », a déclaré le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, à l’ouverture du Sommet de haut niveau de la COP 22.

Pour Ban Ki Moon, « cela est essentiel pour protéger notre planète, protéger les plus vulnérables et susciter une prospérité partagée. Le développement à faibles émissions de gaz à effet de serre et la résilience climatique permettront d’atteindre tous les objectifs de développement durable ».

 

Il a également réaffirmé l’engagement des Nations unies à aider les pays à mettre en œuvre tout en rappelant, lui aussi, aux pays développés leur engagement de mobiliser un financement climatique, soit 100 milliards de dollars d’ici 2020 afin d’aider les pays en développement à atténuer et à s’adapter à la vulnérabilité climatique. Ban Ki-Moon a enfin exhorté les organisations de la société civile à continuer à faire en sorte que « les gouvernements tiennent leurs promesses ».

 

 

Se relayant à la tribune officielle, le Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, Peter Thomson, a également tenu à encourager  toutes les parties à l’Accord de Paris à mettre en œuvre et à renforcer l’ambition de leurs contributions nationales et cela sans délai. « L’action climatique doit être considérée comme un impératif moral, environnemental, scientifique et de développement, guidé par l’ambition, l’action et l’équité » a indiqué Peter Thomson. Plusieurs autres interventions ont marqué la cérémonie officielle d’ouverture du Sommet de haut niveau de la COP 22 notamment celle de  la Secrétaire exécutive de la CCNUCC, Patricia Espinosa. L’intervention d’une jeune fille de 16 ans, née à Marrakech, a particulièrement émue l’assistance à cette plénière. Au nom des jeunes de sa génération, elle a plaidé pour la concrétisation des engagements pris en faveur de l’humanité. « Nous pouvons agir ensemble pour que le rêve de nos enfants deviennent réalité à condition que ce sommet en impulse l’élan nécessaire » a estimé Mariame. Après la cérémonie officielle d’ouverture, les participants au sommet ont pris part à une collation offerte par le roi du Maroc avant la reprise des travaux entre les chefs d’Etats, lesquels vont déboucher sur des décisions qui marqueront la Conférence de Marrakech et entérineront l’engagement des partis membres de la Conférence.

 

L’Afrique en force

Des dizaines de Chefs d’Etat et de gouvernement ont fait le déplacement de Marrakech dont une vingtaine de présidents africains qui vont assister demain à un Sommet restreint des dirigeants africains sur le climat, organisé à l’initiative du Royaume.

 

Adopté par les 196 Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en décembre 2015 à Paris, l’Accord appelle les Etats à lutter contre le changement climatique en visant une limitation de la hausse de la température mondiale bien en dessous de 2 degrés Celsius, et à s’efforcer de ne pas dépasser 1,5 degré Celsius. Il est entré en vigueur le 4 novembre 2016 à quelques jours de l’ouverture de la COP 22 qui se déroule du 7 au 18 novembre à Marrakech avec la présence de 20 à 30.000 participants.

Par Aboubacar Yacouba Barma  – La Tribune –