COP22 : plein feu sur l’Afrique

L’Accord de Paris a été ratifié par 196 pays. L’enjeu à Marrakech est de savoir comment ceux-ci vont le mettre en oeuvre. Premiers éléments de réponse.

Une salle comble pour la séance plénière ce lundi à Marrakech. Représentants des États, des médias et de la société civile se sont donné rendez-vous au Maroc pour cette conférence des Nations unies sur le climat qui se déroule presque un an après la signature de l’Accord de Paris. Présidente de la COP21, Ségolène Royal, ministre française de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, chargée des Relations internationales sur le climat, a déclaré l’ouverture officielle de la conférence en rappelant « le succès de l’édition précédente » et en soulignant l’importance de la poursuite des efforts déployés par les cent pays signataires. La ministre en a profité pour lancer un appel aux retardataires : les 96 pays qui n’ont pas encore ratifié l’Accord de Paris ont été appelés à le faire avant la fin de l’année.

 

Une édition dite de « l’action »

Lors de son allocution, Ségolène Royal a exprimé son attachement au pays hôte, et au continent africain : « J’ai parcouru intensément le continent africain, où je suis née et que je connais bien, eh bien nous le savons, les Africains sont ceux qui sont le plus mobilisés, le plus créatifs, et sont en train d’inventer le monde de demain, notamment avec le plan de 50 % des énergies renouvelables à l’horizon 2030. »

Pour le président de la COP22, Salaheddine Mezouar, ministre des Affaires étrangères du Maroc, l’heure est à l’action et le temps est venu de poursuivre le travail accompli : « Toutes les idées et tous les intervenants doivent être pris en compte, la présidence marocaine est là pour appuyer cet accord, et également s’assurer de la mise en application de ces mesures pour une transition climatique réussie », a-t-il argué. En ajoutant qu’il avait mis « tous les moyens nécessaires pour réussir cette COP22 sur une terre africaine. Ce qui montre le rassemblement du continent et du monde pour réussir sa transition climatique. Et que l’humanité compte sur nous, pour accompagner les plus faibles et offrir une situation aux plus démunis. » Concluant son discours par un proverbe africain : « Le soleil ne délaisse pas un village aussi petit qu’il soit. » Le ministre a également insisté sur l’urgence des chantiers à mettre en place pour sauver cette « terre nourricière » qui se vide de son essence. Mezouar a invité les participants à se mobiliser pour que chacun prenne ses responsabilités, invitant les parties prenantes à se rassembler, ancrer leurs efforts pour affronter les difficultés tous ensemble. « La terre se pose des questions sur son devenir, notre mémoire nous pose des questions sur notre responsabilité quant à son devenir, et nous devons être à la hauteur de cette mission. »

 

Tester la volonté des États

Une idée qu’a soutenue Patricia Espinoza, secrétaire exécutive CNUCC : « Nous devons travailler ensemble sur tous les fronts. Les ressources financières sont disponibles, mais ne sont pas suffisantes. Ensemble nous pouvons faire de la COP de Paris une réalité. Nous avons à faire des efforts pour réduire la production de carbone. »

De son côté, Mohamed Larbi, maire de Marrakech, a déclaré : « La ville ocre a prouvé qu’elle était pionnière en la matière. Nous avons mis en application nos procédés pour sauver l’environnement et l’écosytème à travers la stratégie 2017-2022 impulsée par le roi Mohamed VI. Nous espérons réduire notamment les constructions et développer les espaces verts et l’énergie solaire. Par ailleurs, nous œuvrons pour plus d’eau potable et luttons contre les inondations. »

 

Pour rappel, l’objectif de la COP21 est de rester sous la barre des 2 °C en termes de réchauffement climatique. L’accord prévoit également de limiter les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025 ou 2030. Avec la COP22, tous les pays devront se mettre d’accord sur les outils utilisés pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Il s’agira avant tout de savoir comment vérifier que les pays signataires respectent leurs engagements. Selon un rapport de l’ONU, « le monde continuera à se diriger vers une hausse des températures de 2,9 °C à 3,4 °C d’ici la fin du siècle » si les pays ne poursuivent pas leurs engagements.

GHIZLAINE BADRI  – Le Point Afrique –