Chine: vers l’affirmation d’une puissance globale

 

Puissance commerciale incontestée, la Chine pourrait asseoir son leadership de façon plus globale. L’élection de Donald Trump, partisan d’un protectionnisme à tout crin pour rendre, selon lui, « sa grandeur à l’Amérique», pourrait donner à Pékin l’opportunité d’étendre son influence au-delà du champ commercial.

La Chine n’a pas attendu que Donald Trump prenne ses quartiers à la Maison Blanche pour dévoiler ses ambitions. Alors que le président élu s’enorgueillait de vouloir en finir avec le Traité transpacifique, traité pourtant âprement défendu par Barak Obama pour justement contenir les ambitions de Pékin en Asie, le Chinois Xi Jinping déclarait que son pays n’allait « pas fermer la porte au monde extérieur », mais au contraire « l’ouvrir encore plus largement ».

En enterrant le TTP, qui devait réunir 12 pays d’Asie-Pacifique mais pas la Chine, le futur président américain laisse en effet le champ libre à Pékin, qui ambitionne de créer « sa » zone de libre-échange. Les 21 économies de la région représentent à elles seules 60 % du commerce mondial et 40 % de sa population. Elles ont déjà largement profité de la mondialisation et comptent bien approfondir leurs échanges, avec ou sans les Etats-Unis.

Pour asseoir son statut de puissance globale, la Chine compte également sur les retombées de ses nouvelles routes de la soie

Un projet titanesque dont l’ambition est de relier, à travers la construction d’infrastructures autoroutières, ferroviaires et maritimes, l’Asie à l’Europe mais aussi à L’Afrique. Et pour ce faire, Pékin compte mobiliser quelque 890 milliards de dollars dans pas moins de 900 projets répartis sur 64 pays.

Une stratégie impérialiste qui a un objectif double : assurer l’approvisionnement en matières premières d’une Chine dont l’appétit semble insatiable, mais surtout grossir le flux de ses exportations industrielles. Car si la Chine cherche bien à réorienter son économie en encourageant la consommation intérieure, elle reste l’usine du monde et doit pouvoir continuer à écouler ses productions.

Et pour se donner les moyens de ses ambitions, la Chine peut compter sur un puissant levier financier

C’est la Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures. Lancée en octobre 2014 pour concurrencer les institutions de Bretton Woods, Banque mondiale et Banque asiatique de développement en particulier, trop occidentales au goût de Pékin, elle est dotée de 50 milliards de dollars.

Ironie du sort, cinq mois à peine après son lancement, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Italie demandent à en être membres. Cette banque d’investissements fonctionne de conserve avec la « Nouvelle banque de développement » des BRICS, lancée la même année. De quoi permettre à Pékin de nourrir ses ambitions avec l’aval et la coopération de ses partenaires émergents.

Et des ambitions, la Chine n’en manque pas…

En témoigne le bond de 50 % des investissements à l’étranger qui devraient dépasser cette année les 150 milliards de dollars. Les groupes chinois ne se limitent plus à des opérations dans le secteur de l’énergie et des matières premières mais cherchent au contraire à diversifier leurs acquisitions notamment dans des secteurs stratégiques.

C’est par exemple le cas pour l’OPA à 38 milliards de dollars lancée par ChemChina sur le Suisse Syngenta qui pourrait donner naissance au numéro 2 mondial de l’agrochimie.

Ces ambitions, Pékin devraient les afficher très prochainement au très connu Forum économique mondial de Davos où se presse le gratin de la finance et des affaires. Le président Xi Jinping est l’un des invités d’honneur, une première et tout un symbole.

 

Par Mounia Daoudi  – RFI –