Les chefs d’Etat africains sous écoute des services secrets américains et britanniques

Il y a trois ans, Edward Snowden révélait l’ampleur des programmes de surveillance par les services de renseignements britanniques et américains via des programmes. Le monde découvrait avec stupéfaction que le téléphone cellulaire des dirigeants de pays puissants comme Angela Merkel était placé sous écoute pendant plus de 10 ans. Aujourd’hui, 3 ans après leur révélation, les archives Snowden continuent de livrer les secrets des méthodes des services de renseignement qui n’épargnent pas les chefs d’Etat africains, leurs proches et même de hautes personnalités africaines sur écoutes.

Nos confrères Joan Tilouine et Simon Piel du quotidien français Le Monde en partenariat avec « The Intercept », ont pu travailler sur les archives de l’informaticien et analyste américain. Leur enquête révèle qu’à l’image des dirigeants de pays occidentaux placés sous écoute, des chefs d’Etat et hautes personnalités politiques, diplomatiques ou de responsables sécuritaires et même des chefs rebelles d’une vingtaine de pays africains ont été espionnés via un système d’interceptions et de détournement de leurs conversations téléphoniques entre 2008 et 2011 par services secrets britanniques (GCHQ). Ces derniers ont parfois transmis leurs renseignements aux américains.

Parmi les chefs d’Etat chefs de gouvernement africains espionnés l’Angolais José Edouardo Dos Santos, sous écoute au plus fort de la crise des matières premières en 2009. Joseph Kabila Kabange et ses proches conseillers politiques, militaires et diplomatiques de la RDC, Faure Gnassingbé et ses collaborateurs du Togo, Ernest Bai Koroma et son gouvernement de Sierra Leone sont également minutieusement écoutés par le GCHQ. Les échanges téléphoniques des ex-présidents Mwai Kibaki du Kenya, Umaru Yar’Adua (son vice-président et son aide de camp), Goodluck Jonathan du Nigéria, John Kufuor du Ghana entre autres, sont surveillés.

Source: LE MONDE

L’écoute concernent également, des putschistes comme Moussa Dadis Camara, des anciens ministres des Affaires étrangères comme Djibril Bassolé du Burkina. Elle s’étend également aux ambassadeurs africains accrédités à l’étranger mais également aux chefs de mouvement rebelles en Libye, dans le Delta du Niger. Il faut ajouter à cette liste non exhaustive, les acteurs économiques, les ministres en charge de l’économie, des mines, les présidents de banques africaines, les hommes d’affaires et milliardaires de tout le continent.

Mutisme devant la gravité de telles pratiques

Pour l’heure, rien d’inédit. Si des chefs d’Etat de pays européens, plus avancés en matière de contre-espionnage ont pu être placés sur écoute pendant des décennies, que dire alors des pays africains. Toujours est-il que ces écoutes constituent une violation flagrante de la souveraineté des Etats africains dont les dirigeants ont été espionnés. Comment réagissent les gouvernements africains à ces révélations fracassantes qui violent la souveraineté ? Jusque-là, le mutisme face aux révélations du quotidien français Le Monde, interroge le rapport à la souveraineté des chefs d’Etat africains.

Pire, elle expliquerait peut-être la « soumission » de certains chefs d’Etat africains aux injonctions de pays occidentaux. Qui détient l’infirmation détient le pouvoir, a-t-on l’habitude de dire. Qui détient un renseignement directement obtenu d’une écoute peut faire pencher le cours de certains conflits et influencer dans un sens ou dans un autre le cours de négociations politiques, économiques, financières ou commerciales. C’est justement l’intérêt de ces écoutes qui visent les plus hautes personnalités des Etats.

Une lueur d’espoir cependant, à défaut d’avoir la prise de conscience des chefs d’Etat de la gravité de la situation, l’arrivée de Donald Trump qui prêche une politique de non interventionnisme dans les affaires des Etats pourrait entraîner une baisse voire une disparition de telles pratiques des Américains ou de leurs alliés. Rien n’est moins sûr.

Par La Tribune Afrique