Ce qui se passe quand la Chine investit en Afrique

Le gouvernement égyptien a annoncé le 5 octobre 2016 la résurrection d’un projet jugé « pharaonique » dans le monde entier : il a conclu un accord avec l’entreprise chinoise CFLD d’un montant de 20 milliards de dollars dédiée au projet de l’édification d’une nouvelle capitale administrative en Égypte. Ce projet remet en lumière les nombreux défis qu’il pourrait résoudre dans le pays… mais aussi une volonté du BRICS asiatique de réaffirmer sa position en Afrique, le fameux « Chinafrique » refait parler de lui. Mais alors quel est concrètement ce projet et que cache-t-il ?

Un projet titanesque lancé…

Début 2015, le chef de l’État de la République arabe d’Égypte, Abdel Fattah Al-Sissi, annonce un projet : édifier une nouvelle capitaine administrative le long du canal de Suez. Le projet estimé à plus de 40 milliards de dollars prévoit une ville de la taille de Singapour, comprenant plus de 10.000 kilomètres de routes et autoroutes ; un aéroport plus grand que celui d’Heathrow en Angleterre, un parc semblable à Central Park, un parc d’attraction quatre fois plus grand que le Disneyland de la Californie. Il accueillerait également les palais présidentiels, le Parlement, les ministères, les ambassades, des quartiers résidentiels remplis de somptueuses villas pour les plus riches, mais aussi des HLM pour les jeunes et les fonctionnaires. Le projet veut construire une ville éco-responsable, c’est-à-dire des espaces verts ainsi que des gratte-ciels qui pourraient renouveler eux même une partie de l’énergie consommée, et le tout relié au Caire par un train intercité.

…afin de relancer l’économie égyptienne.

Le gouvernement à travers ce projet souhaite désengorger Le Caire, en effet la métropole compte plus de 18 millions d’habitants sur un total national de plus de 90 millions, et plus de 40 millions sont attendus en 2050, la métropole pourrait accueillir entre 5 et 7 millions des Cairotes, ce qui ne serait pas de refus car même si on recense 83 habitants au kilomètre carré, mais la réalité est autre : 95% de l’Égypte est inhabitable et désertique, et on recense alors 1.500 habitants au kilomètre carré.

Ainsi l’Égypte souhaite ainsi améliorer les conditions de vie de sa population.

Mais il y a également un intérêt économique considérable, cette nouvelle capitale pourrait rappeler les investisseurs étrangers et réhausser l’attractivité de l’Égypte, en chute libre depuis le départ de Moubarak. En effet si l’économie égyptienne tend à se stabiliser, elle regrette toujours l’époque où elle affichait en moyenne 7% de croissance annuelle (jusqu’en 2011, aujourd’hui il n’est plus que de 4% par an en moyenne), et souhaite également ne plus dépendre des liquidités qu’ont injecté l’Arabie Saoudite ainsi que le Koweït dans son économie. Enfin l’Égypte via ce projet pourrait créer plus d’emplois et ainsi réduire les 13% de chômeurs présents sur son territoire.

Toutefois ce projet fut assez critiqué, on lui reprochait de préférer les plus aisés aux plus modestes et aussi de vouloir s’endetter encore plus alors que l’économie était déjà fragilisée. On croyait que l’Arabie et le Koweït allaient aider au financement de ce projet, mais personne ne se manifesta et le projet est quelque peu tombé dans l’oubli… jusqu’à récemment où la Chine à décidé d’investir dans ce projet pour 20 milliards de dollars, le remettant alors au goût du jour, pour le plus grand plaisir de l’Égypte.

Un projet qui s’inscrit dans la Chinafrique et un investissement favorable à la Chine

L’accord chinafricain offre à la China Fortune Land Development Co (CFLD) la responsabilité de la construction d’immeubles résidentiels et de bureaux sur 5.700 hectares de la nouvelle capitale sans nom ainsi que toutes les infrastructures essentielles pour compléter ses quartiers. Cet accord s’inscrit dans ce que l’on appelle la Chinafrique (c’est-à-dire l’ensemble des relations entre la Chine et l’Afrique : la Chine investit dans les pays à fort potentiel afin de satisfaire ses besoins, par conséquent elle commence à prendre de l’importance et à détrôner les alliés traditionnels de l’Afrique à savoirs ses anciens colons, les Occidentaux) et permet alors à la Chine d’accroître sa présence en Afrique.

Sur son site internet, le CFLD précise que cela permet à la Chine de « jouer un rôle fondamental dans le développement de l’Égypte […] et d’augmenter son empreinte à l’étranger ». Il reconnaît par ailleurs le caractère « stratégique » de cet investissement : « une métropole puissante près de Suez face à l’Europe […] qui s’inscrit dans la stratégie « One Belt One Road » « . L’OBOR se revendique comme étant un projet de nouvelle Route de la Soie qui pourrait agir sur plus d’un tiers du monde. Cette voie économique reliant l’Est de la Chine à l’Europe en passant par la Mongolie , la Russie, la Biélorussie de la permettrait alors au BRICS asiatique de gagner en compétitivité et de s’inscrire encore plus dans la mondialisation. La Chine étant déjà un des acteurs très puissant de celle-ci avec son statut « d’Atelier du Monde » et d’exportateur mondial, elle pourrait devenir à terme encore plus attractive que l’Europe ou les USA.

par Zacharie   –  Agoravox –

AFRIACT.NET

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