L’ONU accentue la pression sur Nkurunziza. Bujumbura dénonce un complot occidental

Il était temps! Temps que l’on mette fin à cette espèce de passivité écœurante à l’égard du pouvoir burundais. Un pouvoir qui, depuis plus de deux ans, s’impose par la force de la répression et l’instauration d’un climat de terreur. Vidé de ceux de ses habitants qui ont les moyens de s’exiler, le pays est livré à la merci de Pierre Nkurunziza et d’un entourage composé de faucons prêts à tout pour garder le pouvoir. Eh bien, au terme d’une enquête qui n’a pas été évidente à mener vu l’hostilité de Bujumbura, l’ONU qui soupçonne le pouvoir de crimes contre l’humanité, invite la CPI à mener ses propres enquêtes. Bien entendu, comme tout régime sur la sellette, les autorités burundaises crient à la complotite et invoquent le souverainisme cher à tous les dictateurs. Mais cette posture plutôt éculée ne doit pas faire impression. Pour stopper la spirale meurtrière contre le peuple burundais, l’ONU et la CPI doivent agir sans délais. Les instances africaines pour leur part, comme c’est souvent le cas, ne sont pas là où on les attend.  

 

Un premier mérite

Le premier mérite du rapport de l’ONU sur le Burundi est celui de rappeler à l’opinion publique internationale la tragédie qui se joue dans ce pays. Parce qu’en réalité, avec tout ce que le monde connait comme convulsions et crises, on avait tendance oublier ce qui se passe dans ce petit pays, perdu quelque part en Afrique centrale. Pourtant, à en croire les enquêteurs onusiens, il s’y déroule un drame à l’échelle humanitaire. En effet, la commission d’enquête qui dit avoir entendu 500 témoins fait état d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées ou encore d’actes de tortures.  Pour ce qui est des disparitions forcées, le Forum pour la conscience et le développement (FOCODE, société civile) les estime à entre 800 et 1200, depuis le début de la crise en avril 2015. Facteur aggravant pour le pouvoir burundais, les enquêteurs onusiens en viennent à la conclusion que les crimes mis en cause sont le fait de l’appareil sécuritaire (service de renseignements, police et armée) et des milices (Imbonerakure) fidèles à Pierre Nkurunziza et aux siens. De fait, les forfaits ne relèveraient ni de bavures, ni d’une quelconque légitime défense. Ils obéiraient à un plan consciemment muri et orienté contre ceux qui sont opposés au pouvoir en place. En toute lucidité, les autorités burundaises, possédées par le cynisme politique, seraient arrivées à la conclusion que seule la traque systématique des opposants garantirait leur maintien en place. Elles agiraient alors en conséquence.

Question de survie

C’est donc ce qui expliquerait que depuis plus deux ans, on en soit déjà à entre 500 et 2000 morts pour plus de 4000 déplacés. Le bâillonnement de la presse et la soumission des médias indépendants s’inscriraient également dans cette logique. Les activités économiques, elles aussi, en pâtiraient. Ce qui en définitive se répercuterait aussi sur les populations lambda, victimes ultimes de la crise. Du coup, ce réveil, quoique tardif de la communauté internationale, arrive au bon moment. Parce que même si Bujumbura joue la carte de la fierté et du souverainisme de mauvais aloi, on sait que la perspective de l’épée de la CPI est de nature à refréner le zèle de bien de faucons. Or, dans le cas présent, personne ne devrait trouver à redire si la Cour pénale décidait de suivre les recommandations de la commission onusienne. Parce que d’une part, Nkurunziza est enfermé dans une logique qui exclut tout autre son de cloche que celui qui lui est favorable. D’autant qu’il est déjà question des préparatifs d’un quatrième mandat. D’autre part, les instances africaines, habituellement très promptes à critiquer les interventions de la justice internationale en Afrique, brillent ici par leur absence. De l’Union africaine aux mécanismes régionaux, personne ne semble se soucier du martyr imposé au peuple burundais. Les dirigeants du continent, plus enclins à se défendre entre eux, ne trouvent pas nécessaire de bouger le moindre doigt, vu que Nkurunziza, leur homologue, semble en position de supériorité. Même si cela implique au passage les crimes les plus abjects.  Ainsi donc, la CPI se doit d’agir avant la date fatidique du 27 octobre 2017, qui verrait le Burundu s’extraire du giron de l’instance judiciaire internationale. Il y va de la survie du Burundi et des Burundais.

Boubacar Sanso Barry    – Le Djely –

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Le Burundi denonce un complot occidental

Les autorités de Bujumbura ont dénoncé un complot occidental qui se trame contre le Burundi, en réaction à l’appel lancé, lundi 4 septembre, par l’ONU à la Cour pénale internationale (CPI) pour qu’elle enquête sur des crimes contre l’humanité au Burundi.La commission d’enquête de l’ONU sur le Burundi a «des motifs raisonnables de croire que des crimes contre l’humanité ont été commis, depuis avril 2015, et continuent à être commis» dans le pays, lit-on dans un rapport rendu public ce lundi et qui appelle à l’ouverture d’une enquête de la CPI.

Remettant en cause la fiabilité de cette commission onusienne, les autorités burundaises ont dénoncé plutôt des «conclusions qui seraient politiquement motivées et commanditées par l’Union européenne».

«Ce ne sont pas des enquêteurs mais des mercenaires payés pour valider un narratif déjà en circulation dans certains rapports des occidentaux et ouvrir la voie à la CPI, cet instrument dans les mains de l’Occident pour asservir les États africains», a déclaré à Willy Nyamitwe, le responsable de la communication à la présidence. Il s’agit d’un «complot occidental» qui «restera sans effet», a défié Nyamitwe.

Dans son rapport basé sur 500 témoignages recueillis à l’intérieur et à l’extérieur du pays, l’ONU avance que les crimes contre l’humanité seraient commis avec l’assentiment de «responsables au plus haut sommet de l’État» dont le président burundais Pierre Nkurunziza.

La Commission d’enquête a également invité la CPI à enquêter «dans les plus brefs délais» sur ces atrocités. Rappelons que le Burundi qui avait notifié sa décision de se retirer de la CPI le 27 octobre 2016 devrait quitter officiellement l’institution le 27 octobre prochain, soit une année après la notification.

La CPI est pressée de tous côtés, notamment pour ouvrir une enquête sur le Burundi avant que ce pays ne se retire effectivement du Statut de Rome. Des organisations de défense des droits de l’homme, internationales et nationales, ainsi l’opposition burundaise font aussi partie des entités qui réclament la poursuite du régime du Burundi.

Depuis plus de deux ans, le Burundi traverse une crise qui a été provoquée par la volonté du président Pierre Nkunrunziza de briguer un troisième mandat. Les violences ont déjà fait près de 2.000 morts et ont poussé à l’exil plus de 425.000 Burundais.

Agence Afrique

— Le Djely et Agence Afrique —