Le Botswana dépendant de ses diamants

Le Botswana est le plus grand producteur de diamant sur le continent Africain et premier producteur mondial en valeur absolue. Représentant 89% des revenus d’exportation, ce minerai est de fait incontournable pour son économie.

Le secteur du diamant fait accapare 36% du PIB et près de 89% des revenus d’exportation du Botswana. Des mines de Kimberlite, par exemple, sortent 27% de tous les diamants du monde. Ce qui représente un énorme enjeu pour l’économie du pays, alors que les premières mines n’ont été découvertes qu’en 1967. Selon les chiffres officiels, le diamant à lui seul fait 40% des recettes du pays. Un chiffre que le gouvernement justifie par une exploitation maîtrisée.

 

En effet, grâce à un partenariat public-privé, gagnant-gagnant, conclu avec le groupe De Beer d’Afrique du sud et à une forte taxation de l’activité, l’Etat a réussi à rendre très prolifique l’un des minerais les plus chers du monde. « Si l’on regarde le partenariat entre le conglomérat De Beers et l’Etat botswanais, on se rend compte que le gouvernement reçoit 85 % des revenus du diamant, et De Beers 15 %. Cette relation entre le gouvernement et De Beers a été très bénéfique pour nous », a expliqué Charles Siwawa, président de la Chambre des mines du Botswana.

 

Pour avoir sa licence d’exploitation le conglomérat a dû débourser la rondelette somme de 20 millions USD en 1969 déjà. Ce que De Beers n’a pas perdu du temps pour recouvrir. Avec l’aide de la Banque mondiale, le Botswana va renégocier tous les contrats pour gagner beaucoup plus. Dans une étude des chercheurs Duncan, K. Jefferis et P.Molutsi, il est dit, par exemple, qu’alors que « l’Etat botswanais détient 50 % de l’entreprise Debswana, chargée de l’exploitation des mines, et de la Diamond trading company Botswana (DTCB), dont le but est de valoriser les diamants, il perçoit en contrepartie entre 75 et 80% des revenus. ». D’un autre côté, le pays perçoit 22 % de taxes sur les diamants pour les entreprises minières, auxquels s’ajoutent 10 à 15 % de royalties sur les bénéfices.

 

Les contributions du diamant à l’économie du Botswana vont jusque dans les programmes sociaux du gouvernement. Aujourd’hui depuis l’étape de l’extraction jusqu’à la commercialisation, tout se passe à Gaborone. Ceci génère des revenus impressionnants qui sont utilisés pour financer les programmes d’éducation et soins de santé gratuits.

 

Le diamant entre les menaces humaines et les conjonctures

Malgré la productivité élevée et les retombées faramineuses du diamant pour le Botswana, le pays va devoir gérer deux soucis majeurs. D’un les incertitudes naturelles et économiques. Le pays est conscient de ces enjeux et Mokgweetsi Masisi, le vice-président du Botswana, ne s’y trompe pas : « Nous restons concentrés et attentifs sur toutes les potentielles menaces. Qu’il s’agisse des perturbations dues à la technologie, de l’instabilité en rapport avec la sécurité ou de la croissance actuelle des économies ».

 

Par ailleurs, les accusations diverses des ONG disant que les populations ne profitent pas assez des retombées du diamant. Malgré le taux de corruption bien bas du pays, Gaborone ne peut pas éviter ce genre revers. Selon Christopher Rutledge, coordonnateur pour les questions minières chez Action Aid, une ONG qui lutte contre les inégalités, « la nature de l’exploitation minière est si injuste que le ressentiment de ces communautés à l’encontre des sociétés minières ne peut que s’aggraver ». Selon lui plusieurs centaines de millions de dollars issus de la production de diamants sont détournés chaque année via des montages financiers.

 

Avant la crise mondiale, grâce au diamant, la croissance économique du Botswana tournait autour de 10%. Aujourd’hui en repli à cause des crises diverses, le pays peut toujours compter ses mines et sur une économie malgré tout, très diversifiée pour se relancer. Mais il devra aussi faire face au fléau du Sida et aux questions des inégalités sociales qui atténuent les effets du diamant, pour continuer à briller.

Par Emmanuel Atcha   – La Tribune –