BIAC : entre Chinois et Banque centrale, Kabila au centre de la polémique ?

La Banque internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC), troisième banque en RDC, est dans la tourmente depuis près d’un an. Acculée par de sérieux problèmes de liquidité et une dette de plus de 150 millions de francs congolais auprès de la Banque centrale du Congo (BCC), sa situation s’est tellement dégradée ces dernières semaines que les actionnaires ont décidé de la dissoudre. Opposée à cette décision, la BCC, devenue gestionnaire temporaire de la Banque depuis mai dernier, annonce une reprise par des chinois d’ici la fin d’année. Mais des voix s’élèvent, dénonçant un deal au profit de l’entourage du président Joseph Désiré Kabila. Récit d’une polémique « étatico-capitalistique ».

Il y a deux jours, mardi 8 novembre, les actionnaires de la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC) ont annoncé la liquidation volontaire de l’établissement majoritairement détenu par le groupe éponyme de l’américain Elwyn Blattner basé à Kinshasa. « Les actionnaires, réunis en assemblée générale extraordinaire et présidée par un mandataire ad-hoc désigné par le président du tribunal de Commerce de Kinshasa-Gombe, ont décidé de dissoudre volontairement la Biac et de désigner un liquidateur », indique le communiqué.

 

 

Les actionnaires liquident, la BCC révoque

Les raisons ? Elle ne sont pour l’instant pas tout à fait claires. Une chose est certaine, la BIAC, quatrième banque de détail en RDC en termes de dépôts avec plus de 400 000 comptes en 2015 et la troisième en termes de crédits et de total bilan, souffre depuis fin février 2016 d’une grave crise de liquidités et d’une dette de plus 150 millions de francs congolais (140 millions de dollars US) auprès de la Banque centrale du Congo (BCC). Le 30 mai dernier, cette dernière a réagit en portant plainte contre la BIAC pour « actes de megestion ayant suscité la banqueroute ». Le régulateur a également placé la banque, le même jour, sous son administration tout en déposant une plainte contre l’établissement. Une semaine plus tard, l’avocat général de la République, Joseph Nsabua Kapuku, prononçait le gel des avoirs des administrateurs de la BIAC au Congo, avant de lever sa décision 8 jours après. A bout de souffle donc, la BIAC semble trouver en sa dissolution la meilleure solution.

 

 

Mais coup de théâtre ce mercredi 9 novembre : la Banque centrale du Congo rejette cette décision ! « La BCC déclare nulle et de nul effet, la dissolution de la BIAC par les actionnaires pour vice de procédure et violation de la législation », a déclaré à l’AFP Planté Kibidha, porte-parole du gouverneur de la BCC. D’après la loi, a-t-il poursuivi, « dès qu’une banque est mise sous administration de la Banque centrale, personne n’a le droit de la liquider, y compris les actionnaires ou le tribunal du Commerce ».

 

Une thèse cependant rejetée par l’avocat de la BIAC. « L’administration provisoire de la BCC remplace les organes de gestion d’une banque en difficulté mais ne fait pas d’elle une actionnaire ou propriétaire de la banque qui est une société privée », explique toujours à l’AFP Me Pierre Okendembo. En clair, il veut dire que la Banque centrale n’a pas le droit de décider à la place des actionnaires. Pour l’heure, ces derniers n’ont pas encore réagi, mais cela présage un long bras de fer.

 

 

Une reprise chinoise d’ici fin 2016 ?

Et si la Banque centrale lutte pour repêcher la BIAC, c’est parce qu’elle serait sur des pistes de reprises, à en croire en tout cas le porte-parole de son gouverneur. Dans son entretien avec l’AFP, Planté Kibidha assure que la BCC fait tout ce qu’il faut pour que la créance de la BIAC soit soldée, avec l’arrivée « d’ici la fin de l’année d’un repreneur chinois qui frappe déjà à la porte ».

 

Sauf que ce discours plutôt rassurant, le gouverneur de la BCC, Deogratias Mutombo (photo), l’a tenu en mai dernier, sans aucune amélioration. Au contraire, la situation n’a fait que s’empirer. De plus, ce n’est pas la première fois que la reprise de BIAC par des chinois est évoquée. En juillet dernier déjà, des médias locaux prêtaient l’action à China Molybdenum qui a racheté le même mois la mine de Tenke Fungurume (au nord du pays). Quelques semaines plus tard, le journal Le Maximum évoquait « de mystérieux chinois qui, depuis plusieurs mois s’affairent, énormes mallettes et calculettes à la main, à évaluer l’affaire ». D’autres sources prêtent à des hommes d’affaires chinois « un audit en profondeur [réalisé] avec le Cabinet international Deloitte pour connaitre la vraie situation de la BIAC ».

 

 

En octobre, la presse annonce la création de China Taihe Bank of Congo, un groupe bancaire qui serait déjà en pourparlers avec la Banque centrale et en « pole position » pour la reprise de la BIAC. Si le dossier est si bien avancé, pourquoi les actionnaires décident-ils de dissoudre la banque ?

 

Le clan Kabila accusé

Une question qui reste cependant en suspens. Nous avons tenté en vain de joindre le staff administratif qui, rappelons-le, a été remanié le 28 mars dernier avec notamment la nomination de Anne Mbuguje au poste de Directeur Général (ad interim) suite à la démission de prédécesseur Michel Losembe.

 

La Banque internationale pour l’Afrique au Congo, c’est un réseau de 150 agences dont 52 « full service » dans 16 villes de la RDC et détient ainsi le maillage territorial le plus dense du pays. Depuis quelques mois, nombre de ses plus de 400 000 déposants vident peu à peu leurs comptes, histoire de se mettre à l’abris de toute surprise désagréable.

 

Mais alors que les actionnaires et l’autorité bancaire du pays s’orientent vers un bras de fer certain, la presse congolaise a récemment accusé la Banque centrale de vouloir « vendre à vil prix » les actifs de la BIAC au profit des proches du président Joseph Kabila dont le mandat expire le 20 décembre. Selon certains titres, la BCC agirait sous recommandation du sommet de l’Etat et « les Chinois serviraient de prête-nom ».

 

Au moment où la stabilité socio-politique en RDC reste éphémère après le report des élections présidentielles à avril 2018, l’affaire BIAC qui semblait tendre vers un dénouement risque de connaitre entre des prolongations.

Par Ristel Tchounand   – La Tribune Afrique –