AT&T : un pari cher payé sur la convergence

Le géant des télécoms devient un géant des médias. Time Warner a cependant intérêt à ce que ses contenus soient visibles sur toutes les plates-formes.

« Le contenu premium gagne toujours, ça a été vrai sur le grand, puis le petit écran et ce sera vrai pour le mobile. » C’est ainsi que Randall Stephenson, le patron de l’opérateur mobile américain ATT, a « vendu » le rachat à 85,4 milliards de dollars de Time Warner. Cela suffit-il à justifier l’opération, se demande Wall Street. Pas de doute, avec les studios Warner, la chaîne et le studio HBO, CNN qui connaît une des meilleures années de son histoire « grâce » à Donald Trump, ATT, qui remonte à 1885, se réinvente en mettant la main sur quelques-unes des plus belles marques médias de l’histoire américaine.

Au moment où la téléphonie mobile – son coeur de métier – n’offre plus les perspectives de croissance d’autrefois et est déjà un oligopole de quatre acteurs aux Etats-Unis, AT&T aura un accès direct à des séries, des franchises de films comme « Harry Potter » et même des droits sportifs logés dans les chaînes Turner. Il peut travailler main dans la main avec ses nouveaux alliés pour gérer la transition du haut débit via le câble au haut débit mobile, sur lequel reposera de plus en plus la consommation de contenus.

ATT peut aussi nourrir et réinventer sa plate-forme DirecTV, un opérateur de télévision par satellite de 26 millions d’abonnés, qu’il a racheté 67 milliards de ­dollars en 2015 (avec la dette). Perdant des souscripteurs, celle-ci négocie une transition risquée pour devenir un concurrent plus direct de Netflix, c’est-à-dire en se distribuant directement sur le Web.

Pour autant, est-il nécessaire de recourir au M&A pour cela ? ATT paye très cher, risque son dividende et devra trouver des synergies improbables, disent certains analystes. Ensuite, Time Warner a intérêt à continuer à distribuer ses contenus sur le plus de plates-formes possible. Comcast et NBCUniversal, qui ont fait l’autre grande fusion de cette ère de la convergence, continuent à fonctionner de façon relativement autonome. Un bémol à ces réserves : dans ce secteur en pleine révolution, ATT prend une assurance au cas où les profits plantureux vont vers les contenus plutôt que les tuyaux. Une assurance plus solide que celle prise par son concurrent direct Verizon en rachetant AOL et Yahoo!

Bon prix pour Time Warner

Jeffrey Bewkes, le patron de Time Warner, devrait être salué plus unanimement, lui qui croyait si peu à la convergence qu’il a vendu Time Warner Cable et AOL. Il y a deux ans, la Fox de Rupert ­Murdoch lui proposait 85 dollars par action. Alors que la télévision payante aux Etats-Unis, très chère, résiste mal aux Netflix et Amazon Prime, il obtient aujourd’hui 107,50 dollars ! Si les telcos Orange ou SFR devaient s’intéresser à Canal+, cette transaction est de bon augure pour la filiale de Vivendi.

NICOLAS MADELAINE

Les Echos.fr

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