An II de l’accord d’Alger sur le Mali : La paix reste toujours un mirage

Ce 20 juin 2017 marque le deuxième anniversaire de la signature de l’Accord de paix d’Alger par les protagonistes de la crise malienne, notamment la Coordination des mouvements de l’Azawad qui a été la dernière à parapher le document, alors que les autres parties s’étaient exécutées quatre jours plus tôt. Cet accord était censé sortir le pays de la mauvaise passe dans laquelle il se trouve depuis l’invasion djihadiste de 2012, qui a vu l’occupation du Nord par des groupes armés rebelles et terroristes. Depuis lors, une large bande de la partie septentrionale du Mali échappe au contrôle de l’autorité centrale et fait l’objet de velléités indépendantistes de la part de groupes rebelles se réclamant de l’Azawad. Mais Bamako n’entend pas céder. En tout cas, deux ans après, la paix n’est toujours pas au rendez-vous. Pire, ce deuxième anniversaire intervient dans un contexte où le pays connaît une recrudescence des attaques terroristes tous azimuts dont la dernière en date est celle d’un campement de villégiature dans une banlieue de la capitale malienne, le 18 juin dernier, qui a laissé sur le carreau une demi-douzaine de macchabées dont cinq assaillants.

Le Mali a encore du chemin à parcourir

C’est dire si 24 mois après la signature de l’accord d’Alger, la paix reste toujours un mirage voire une arlésienne, au pays de Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK). De quoi doucher les espoirs des plus optimistes, eu égard à la situation qui semble se compliquer de jour en jour en jour, sans aucune lueur d’espoir à l’horizon quant à une sortie de crise imminente. En tout cas, à ce jour, l’on ne peut véritablement pas dire que l’on a quitté la case départ, tant la situation sur le terrain est des plus confuses. Et l’équation semble d’autant plus difficile à résoudre que de nouvelles donnes sont venues en rajouter à la complexité d’une situation déjà peu reluisante, avec l’apparition de nouveaux groupes armés d’une part et les difficultés qu’éprouvent les troupes maliennes et internationales à maîtriser la situation et à contrôler les groupes terroristes dont elles sont devenues depuis un moment la cible de prédilection sur le terrain, d’autre part. Or, tant que les troupes de la coalition ne prendront pas un ascendant significatif et déterminant sur les groupes terroristes, il serait illusoire de voir ces derniers rentrer dans les rangs. Le Mali a donc encore du chemin à parcourir. Et l’évolution de la situation sécuritaire met la communauté internationale dans l’obligation de renforcer les dispositifs pour permettre au Mali de donner la riposte adéquate au péril terroriste. Cela passe, entre autres, par l’opérationnalisation de la force commune du G5 Sahel dont l’apport et l’action pourraient contribuer à réduire considérablement la voilure des terroristes dans cette région. Cela passe aussi par la pacification du pays de Mouammar Kadhafi où un éventuel rapprochement entre le gouvernement d’union nationale soutenu par la communauté internationale et le Général Haftar qui contrôle une bonne partie du territoire, pourrait permettre d’avoir un meilleur contrôle de la situation. Cela dit, l’une des questions que l’on pourrait se poser est de savoir si le médiateur algérien sous l’égide duquel cet accord a été obtenu, va s’impliquer davantage pour permettre au processus de connaître une avancée significative. La question est d’importance, car la problématique de Iyad Ag Ghali que certains donnent pour être le protégé d’Alger, s’avère aujourd’hui comme l’un des nœuds gordiens de cet accord qui piétine.

IBK doit davantage retrousser les manches de ses boubous

En effet, le chef du groupe Ansar Dine qui est l’un des groupes terroristes les plus actifs au Nord-Mali, n’avait pas manqué en son temps de fustiger cet accord dont il avait été tenu à l’écart, en faisant observer que sans lui, il n’y aurait pas de paix au Mali. Malheureusement, l’histoire semble aujourd’hui lui donner raison, en raison de l’activisme de ses hommes sur le terrain. Si fait que d’aucuns se posent la question de savoir s’il ne faut pas l’impliquer dans le processus, alors que d’autres ne veulent pas entendre parler de négociations avec les terroristes. Dans le deuxième cas de figure, cela suppose que l’on a les moyens de contrer l’ennemi ou de réduire sa capacité de nuisance. Dans le cas du Mali, cela ne semble pas être le cas avec Iyad Ag Ghali qui semble même avoir pris du galon depuis lors. Que faire alors ? Là est la véritable question. Mais en attendant, les acteurs politiques maliens qui sont fortement divisés sur la question de la révision constitutionnelle, gagneraient à s’entendre sur l’essentiel pour ne pas prêter le flanc aux terroristes. En tout cas, le contexte ne se prête pas à ce genre de tiraillements qui ne pourraient que fragiliser la République, alors que le véritable combat est ailleurs, et la Nation en danger.
En tout état de cause, deux ans après la signature de l’accord de paix d’Alger, les objectifs sont loin d’être atteints. Et IBK doit davantage retrousser les manches de ses boubous car, l’accord d’Alger qui était vu comme celui de l’espoir est en passe d’être celui du désespoir, tant les choses piétinent. Si fait que l’on se demande si la feuille de route qui était censée tracer le chemin de sortie de crise n’a pas été soigneusement rangée dans les placards par les différents protagonistes, en attendant un hypothétique renversement de la situation sur le terrain, en faveur de l’un ou l’autre camp. Si les protagonistes sont vraiment dans une telle logique, l’on peut alors d’ores et déjà faire le deuil de l’accord de paix d’Alger, car l’on ne voit pas comment la situation pourrait se décanter dans un avenir proche, si les choses restent en l’état. Il faut que les lignes bougent. La communauté internationale est interpellée.

« Le Pays »

 

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