Afrique du Sud : Zuma survivra-t-il à cette énième tempête ?

Depuis que Jacob Zuma a succédé à Thabo Mbéki à la tête de l’Afrique du Sud, l’on ne compte plus les verges qu’il offre non seulement à ses camarades de l’ANC mais aussi à l’opposition pour se faire fouetter. La verge la plus récente est liée à son remaniement ministériel controversé, marqué notamment par le limogeage des ministres qui pourraient lui faire contrepoids. Le plus emblématique d’entre eux est sans conteste l’ex-ministre des Finances, le très populaire et respecté par les partenaires techniques et financières, Pravin Gordhan. Son limogeage a été perçu par l’opposition sud-africaine comme une provocation de trop. Pour protester contre l’ensemble des basses œuvres de Jacob Zuma, pas moins de neuf partis politiques de l’opposition ont sonné la mobilisation hier, mercredi 12 avril, à l’effet de demander sa démission. Les soucis du président sud-africain ne se limitent pas seulement à cette manifestation. En effet, dans moins d’une semaine, il va devoir faire face à un vote de défiance au parlement.
Les députés de l’ANC votent de façon grégaire
Dans cette perspective, l’ancien président Thabo Mbéki n’a pas hésité un seul instant à s’affranchir du devoir de réserve et de ses habitudes de taiseux pour appeler en des termes qui ne souffrent d’aucune ambiguïté, les députés du parti au pouvoir à voter contre le chef de l’Etat. A cette attaque sans gants de son prédécesseur à la tête de l’Etat, l’on peut ajouter la flèche non moins empoisonnée décochée contre lui, la semaine dernière, par un autre ancien président du parti, Kgalema Motlanthe, et plusieurs hauts cadres de l’ANC. Tous ces frondeurs ont pris résolument leurs distances avec la gouvernance gondwanaise de leur camarade, en appelant les députés à voter avec leur conscience. L’un dans l’autre, l’on peut légitimement se poser la question de savoir si Zuma survivra à cette énième tempête. La probabilité est malheureusement forte qu’il y survive. La raison principale de ce pessimisme est liée au fait que les dirigeants actuels de l’ANC ont rompu avec la philosophie originelle du parti pour en faire aujourd’hui un regroupement d’individus au service exclusif d’un homme qui, qui plus est, a mis un point d’honneur à brader sans aucune gène l’héritage de Nelson Mandela. En réalité, depuis que Jacob Zuma a usé de tous les moyens dont celui qui vole le plus bas, de son appartenance à l’ethnie majoritaire du pays, c’est-à-dire les Zulu, pour pousser Thabo Mbéki à la démission, l’ANC a été vidée progressivement de toute son âme. Et au fil des scrutins, l’audience du parti se réduit comme peau de chagrin. L’illustration de cette réalité, ce sont les résultats plus que mitigés que le parti a obtenus lors des dernières élections locales. La dégringolade a été, on ne peut plus vertigineuse. Mais de cela, l’ancien patron de la branche armée de l’ANC n’en a cure. Ce qui est le plus préoccupant pour lui, est de se donner les moyens pour s’accrocher à son fauteuil en esquivant toutes les motions de défiance qui ont été introduites pour susciter sa démission. Jusque-là, il peut se targuer d’avoir réussi l’exercice avec brio. Et cela n’est pas étonnant. Car, le principal allié de Jacob Zuma voire son complice pour traverser les multiples tempêtes politiques sans aucun risque de perdre la moindre plume, est la nomenklatura de l’ANC. Celle-ci a pris la responsabilité historique de sauver coûte que coûte Zuma de la zone de turbulences qu’il a, en toute conscience, suscitée. Pour ne pas perdre son bifteck, cette nomenklatura, composée d’hommes et de femmes repus au point de ne plus entendre les cris de détresse du peuple sud-africain, supportera jusqu’au bout les turpitudes de leur mentor. De ce point de vue, l’on peut s’attendre à ce qu’ils fassent bloc pour faire barrage à la motion de défiance qui sera déposée sur la table du parlement contre les frasques de Zuma. En tout cas, certains analystes politiques parlent déjà de peine perdue. Car, pour eux, les députés de l’ANC votent de façon grégaire.
La principale épine que la nation arc-en-ciel porte douloureusement à son pied aujourd’hui est Jacob Zuma
Il y a de fortes chances donc que Thabo Mbéki ne soit pas entendu. Et ce, d’autant plus que cette motion de défiance est un vote public. Bien sûr, l’opposition a saisi la justice pour demander un vote à bulletin secret, motivant cela par l’intimidation dont sont victimes certains députés frondeurs du parti. A ce niveau aussi, l’opposition risque de ne pas être entendue. En tout cas, à moins d’une semaine de cette importante date, Jacob Zuma, comme s’il voulait signifier déjà qu’il n’y aura rien à signaler ce jour-là, affiche une sérénité insolente. La preuve est que pendant que Julius Malema et ses camarades criaient à sa démission dans les artères du pays, Jacob Zuma s’est tranquillement retiré à Kliptown pour fêter avec faste son 75e anniversaire. Et ironie du sort, le chef de l’Etat partage sa date anniversaire avec Pravin Gordhan, l’ancien ministre des Finances, limogé sans ménagement, il y a deux semaines. Un autre signe du mépris que Jacob Zuma affiche vis-à-vis de la colère de l’opposition est qu’en début de semaine, il n’avait pas craint de qualifier les manifs contre lui de racistes. A juste titre, le porte-parole du parti de l’enfant terrible de la politique sud-africaine (Malema) avait perçu la réaction du président comme « une insulte à leur intelligence ». Décidément, la principale épine que la nation arc-en-ciel porte douloureusement à son pied aujourd’hui est Jacob Zuma. Et l’on ne peut pas compter sur l’appareil du parti pour soulager le pays en votant la semaine prochaine selon leur conscience, comme le demande Thabo Mbéki. Le seul acteur qui peut contraindre Zuma à se retirer pour prendre sa retraite est le peuple sud-africain. Et tous ceux qui, en Afrique du sud ou ailleurs dans le monde, tiennent à ce que l’œuvre gigantesque de Nelson Mandela ne soit pas déconstruite par le seul fait de Zuma et de son clan, pourraient applaudir à tout rompre au cas où cela arriverait.
« Le Pays »

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