Afrique du Sud : colère après un coup de force de Zuma

Le président Jacob Zuma a limogé son ministre des Finances, Pravin Gordhan, lors d’un remaniement ministériel très controversé.

L’annonce de ce remaniement de grande ampleur, peu avant minuit jeudi soir, vient conclure une semaine politique très tendue en Afrique du Sud. Vingt postes de ministre et vice-ministre sont concernés par ce remaniement qui acte le limogeage de Pravin Gordhan, à la tête du ministère des Finances depuis décembre 2015. Ce poste sera dorénavant occupé par l’ancien ministre des Affaires intérieures et de l’Immigration, Malusi Gigaba. Ce fidèle lieutenant de Jacob Zuma a une longue carrière politique derrière lui, mais très peu d’expérience dans le domaine économique.

Cette nomination est perçue comme une ultime tentative de l’exécutif pour reprendre la main sur l’appareil d’Etat au profit du président sud-africain et de ses proches, notamment la puissante famille Guptas. Cela faisait des mois que la crise enflait entre le président Zuma et Pravin Gordhan, les deux hommes étant en désaccord total sur la gestion des finances publiques.

L’ANC se divise

En début de semaine, le chef de l’Etat a brutalement interrompu la tournée internationale que son ministre des Finances venait d’entamer en Grande -Bretagne, pour rencontrer les investisseurs étrangers. L’annonce d’un remaniement semblait alors imminente, mais Jacob Zuma a dû faire face, ces derniers jours, aux réticences de plusieurs hauts responsables de l’ANC, au premier rang desquels le vice-président Cyril Ramaphosa et le secrétaire général du parti, Gwede Mantashe. « Habituellement, il y a une discussion, mais, cette fois, nous avons simplement été informés de ce remaniement », a déclaré ce dernier vendredi matin. Quant au vice-président, il se dit « très fermement opposé » à la décision prise par Jacob Zuma.

Pravin Gordhan a fait ses adieux au ministère des Finances lors d’une conférence de presse vendredi matin. « Ces quinze derniers mois, nous avons subi des attaques horribles sur notre travail », a-t-il relevé, avant d’appeler les Sud-Africains à la plus grande vigilance, « alors que l’Afrique du Sud se trouve à la croisée des chemins ». « Nous espérons qu’ils seront de plus en plus nombreux à dire clairement que notre pays n’est pas à vendre », a-t-il lancé.

Le limogeage de Pravin Gordhan creuse un peu plus les divisions au sein de l’ANC et porte un nouveau coup de boutoir à l’économie sud-africaine. Cette annonce fragilise d’ores et déjà le cours du rand, alors que dans très peu de temps, le 7 avril, l’agence Moody’s doit réévaluer la note souveraine du pays.

Liza Fabbian  –  Les Echos –

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