Afrique du Sud :  » En 2017, l’ANC devra survivre ou périr ! »

Le parti au pouvoir a fêté son 105e anniversaire. L’occasion de dresser le bilan d’une formation historique en perte de vitesse, loin des idéaux de ses pères fondateurs.

S’il est vrai que le stade de Soweto était plein à craquer ce dimanche 8 janvier pour fêter les 105 ans du parti au pouvoir, les responsables savent que ces festivités ne peuvent faire la joie des populations. Le climat délétère qui règne au sein du parti depuis quelques années a déjà valu à l’ANC – au pouvoir depuis l’avènement de la démocratie en 1994 – une débâcle historique aux élections municipales en août dernier. En effet les divisions internes apparaissent désormais au grand jour et la bataille fait rage entre les différents courants capitalistes, communistes, socialistes, traditionalistes, africanistes et sociaux-libéraux. 2017 s’annonce donc comme une année-test pour la survie du parti de Jacob Zuma. L’élection d’un nouveau leader en décembre prochain est l’événement qui va sans doute précipiter la scène politique.

Un parti en proie aux contradictions

L’année 2016 a été quelque peu fatale au parti du président sud-africain Jacob Zuma. Lors de son discours dimanche, il n’a pas hésité à dénoncer lui-même la corruption au sein du parti au pouvoir et les « erreurs » qui ont conduit à la débâcle historique du parti aux municipales d’août dernier. S’il semble limiter cette défaite aux « petites erreurs », selon les analystes, les plaies sont plus profondes. L’ANC a joué depuis la fin de l’apartheid en 1994 sur le jeu des alliances avec le Parti communiste et la centrale syndicale du Cosatu. Mais aujourd’hui plus rien ne peut limiter l’implosion du parti. Au bénéfice de la scène politique sud-africaine ? Pas si sûr, au vu de la fragilité de la jeune démocratie.

Vers l’élection d’un nouveau leader de l’ANC

Et il y a de quoi s’inquiéter. Jacob Zuma à la tête de l’Union Buildings (quartier général du gouvernement à Pretoria) s’apprête à remanier le gouvernement, avec sûrement une exclusion des ministres ayant souhaité son départ de la présidence. De l’autre côté, il accélère le calendrier en tentant d’imposer à la tête du parti son ex-femme Nkosazana Dlamini-Zuma (soutenue par la Premier League, un groupe de lobbying puissant), en fin de mandat à la présidence de la Commission de l’Union africaine. Et enfin, le président pourrait s’éviter des poursuites judiciaires pour sa fin de mandat. « Il ne fait aucun doute que Zuma a aujourd’hui engagé le combat pour sa survie politique », a commenté l’analyste Ranjeni Munusamy dans les colonnes du site d’information Daily Maverick, fin novembre.
« Il s’accroche, bien qu’il soit désormais établi que de larges portions de l’ANC et de sa coalition ne le veulent plus comme président. […] Le compte à rebours de son départ est enclenché », a-t-elle jugé.

Le bras de fer ne fait que commencer

« Quand les responsables et les membres de l’ANC sont corrompus et volent, ils trahissent les valeurs de l’ANC, notre peuple et notre pays. Nous n’autoriserons plus cela », a déclaré, dimanche, Jacob Zuma. « L’ANC élira une nouvelle direction nationale à la fin de l’année ; trop souvent, les collègues s’affrontent pour des postes de responsabilité, car ils considèrent le pouvoir comme un moyen de s’enrichir personnellement », a-t-il ajouté. En ligne de mire, Zuma vise directement le vice-président de l’ANC, Cyril Ramaphosa. Une candidature jugée plus sérieuse et bien partie pour assurer l’alternance tant réclamée. Ce dernier veut opérer une révolution politique, bâtie sur une restauration de l’intégrité du parti. Un parti dont il rêve de prendre la tête depuis l’avènement de Nelson Mandela, son mentor.

L’ascension de Cyril Ramaphosa

Militant historique de la lutte contre l’apartheid, ancien patron du syndicat des mineurs, l’actuel vice-président, 64 ans, avait déjà échoué en 1999 dans la course à la présidence de l’ANC. Après un détour par le monde des affaires, Cyril Ramaphosa, devenu l’un des hommes les plus riches du pays, est revenu depuis en politique. La puissante confédération syndicale sud-africaine Cosatu lui a apporté dès le mois de novembre 2016 son soutien pour remplacer le président Jacob Zuma à la tête de l’ANC, où la bataille pour sa succession fait rage. La Cosatu est membre de la coalition au pouvoir depuis 1994, en tant qu’alliée de l’ANC et du Parti communiste. Elle n’a pas droit de vote à l’ANC, mais peut influencer ses membres qui participeront à l’élection du chef du parti. Élu en 2009 à la tête du pays, M. Zuma doit achever son deuxième et dernier mandat en 2019.

JANET AKINYOVÉ Le Point Afrique –