Afrique: Il était une fois l’espoir kenyan!

Quatre jours après, on peine encore à le croire. Inattendue et totalement inenvisageable avant le 1erseptembre dernier, la décision d’invalidation des résultats de la présidentielle du 8 août par la Cour suprême Kenyane passe encore pour un rêve. Parce que personne n’était assez fou pour s’imaginer qu’une institution soit aussi naïve pour contrarier un président-sortant. Tout au contraire, en Afrique, les instances en charge de la validation des scrutins, avaient tendance à entériner les résultats les plus invraisemblables. En cela, l’exemple gabonais est illustratif. Mais désormais, il y a une rupture et un précédent. Et à l’image de la révolution burkinabè, du procès-symbole d’Hissène Habré et de la chute tout aussi surprenante de Yahyah Jammeh, la courageuse et symbolique décision du juge Maraga est un de ces gestes qui, en Afrique, permettent d’espérer, au-delà de toutes les vicissitudes.  

 

Processus interne

Bien entendu, on se garde de toute illusion. La révolution burkinabè d’octobre 2014 n’ayant fait tache d’huile ni au Burundi, ni Congo-Brazzaville, encore moins au Tchad, on ne s’attend guère à ce que les prochaines élections africaines puissent être systématiquement invalidées. On ne s’attend pas non plus à ce que les scrutins soient pour autant un peu plus transparents. On a conscience que ce qui vient de se passer au Kenya est fruit d’un processus de maturation interne. A l’insu des autorités, la société civile kenyane semble avoir aidé à faire émerger une conscience collective qui s’incarne dans l’attitude du juge Maraga. Il s’agit donc d’un geste dont le mérite revient avant tout au peuple kenyan, dans sa totalité. Par ailleurs, le cran dont font montre les juges de la Cour suprême conforte davantage ceux qui pensent que l’Afrique anglophone prend le dessus sur celle francophone sur bien de principes vertueux.

Juges références

Cependant, quand il s’agit d’un acte d’une si grande portée, on n’a pas raison de s’en tenir à cette vision dualiste. Pour un continent où les bonnes nouvelles ne se bousculent pas, personne n’a le droit de se priver le plaisir de célébrer un moment aussi historique. D’autant que le premier pas ainsi posé, il n’est pas exclu que d’autres suivent. Dans la mesure où le juge Maraga et ses collègues constituent de facto une référence qui manque tant en Afrique. Leur courageuse décision ne risque pas en effet de parler qu’à d’autres juges. En fait, avec leur arrêt, c’est une conception minimaliste de la démocratie africaine qui se trouve battue en brèche. Conception en vertu de laquelle les observateurs de la communauté internationale en particulier intègrent à priori que les irrégularités et la fraude sont partie intégrante des élections en Afrique. Aussi, leurs appréciations sont davantage fonction de l’ampleur des anomalies que de l’effectivité de celles-ci. A cette première prédisposition, s’ajoutant la préoccupation relative aux risques d’instabilité pouvant résulter des contestations électorales, il y a une règle non écrite qui fait que l’arbitrage des contentieux électoraux a toujours tourné en faveur du président sortant, détenteur de la force de répression et des ressources de l’Etat. D’où l’opposition factice que certains se plaisent à entretenir entre DEMAOCRATIE & PAIX.

Le message…

Eh bien, au Kenya, les juges pensent que les deux valeurs ne sont pas antinomiques. Mieux, ils estiment qu’en tout état de cause, c’est à des institutions nationales, aussi fortes qu’indépendantes, de décider de la marche ultime à suivre. Et c’est là le message le plus important.

Boubacar Sanso Barry  – Le Djely –