Afrique : la cote de Hollande n’est plus au sommet

Alors que s’ouvre ce vendredi au Mali la 27e réunion Afrique-France, des militants venus de tout le continent ont organisé un contre-événement pour dénoncer les amitiés du président français.

 

«La politique africaine de François Hollande ? Encore faudrait-il qu’il en ait une…» ironise Laurence Ndong, sous le préau d’un bâtiment rongé par la poussière rouge, pompeusement baptisé «pyramide de la jeunesse», dans le centre-ville de Bamako. La capitale du Mali accueille ce vendredi le président français ainsi qu’une trentaine de chefs d’Etat africains pour le 27e sommet Afrique-France. Une «réunion de famille», biennale ou triennale, instituée en 1973 à l’apogée de la «Françafrique», terme désignant les relations incestueuses entre la France et ses anciennes colonies.

 

En accédant au pouvoir, François Hollande, comme beaucoup de ses prédécesseurs, avait promis de tourner la page de cette Françafrique désormais officiellement honnie. Avant de se soumettre, à son tour, à une très incertaine realpolitik. Pour Hollande, la conversion s’est justement produite au Mali : lors de l’opération Serval, celle qui, en janvier 2013, a permis de stopper la progression des forces jihadistes venues du nord du pays, qu’elles occupaient alors depuis un an. La phrase est restée célèbre : le 2 février 2013, à Tombouctou à peine libéré, le président français déclare : «Je viens de vivre le moment le plus important de ma vie politique.»

 

Volte-face

Quatre ans plus tard, c’est donc à Bamako que François Hollande a tenu à organiser le dernier sommet de sa présidence, dans ce pays où il s’est révélé en chef de guerre, s’érigeant en sauveur du Mali puis, fin 2013, de la Centrafrique, d’où les forces françaises se sont finalement retirées en décembre. Mais la priorité accordée aux opérations militaires – celle au Mali, désormais étendue à tout le Sahel sous le nom d’opération Barkhane, comme celle en Centrafrique – a également généré beaucoup de frustrations.

 

«La défense est désormais le seul moteur de la politique africaine de la France, souvent au détriment de la démocratie. Au nom de la sécurité, Hollande soutient, implicitement ou explicitement, des régimes qui confisquent l’espoir, renforcent les inégalités sociales et font justement le terreau du terrorisme», accuse ainsi Laurence Ndong, de passage à Bamako. Car cette jeune femme énergique n’est pas malienne, mais gabonaise. Installée à Paris, elle s’est fait connaître ces derniers mois comme l’un des fers de lance de la contestation à la réélection controversée d’Ali Bongo en août au Gabon. Comme un grand nombre de ses compatriotes, elle ne comprend pas que la France ait d’abord semblé soutenir ceux qui réclamaient le recomptage des voix lors de ce scrutin, avant de faire volte-face et d’entériner fin octobre la réélection d’Ali Bongo. Mais l’élection gabonaise n’est qu’un exemple parmi les nombreux scrutins controversés qui ont ponctué l’année 2016 en Afrique.

 

Comme Laurence Ndong, ils sont un petit groupe de ressortissants africains à s’être rendus à Bamako dans l’espoir de faire entendre leur voix, en marge du sommet officiel. Réunis dans les bâtiments vétustes de la «pyramide de la jeunesse», ils organisaient cette semaine leur contre-sommet sous l’égide de la campagne «Tournons la page», qui vise à mobiliser les citoyens pour mettre un terme aux dictatures. Parmi eux, on trouve Nadjo Kaina, un jeune Tchadien qui vit toujours à N’Djamena et dénonce le soutien de Hollande au président Idriss Déby, au pouvoir depuis vingt-six ans. Au nom de la sécurité régionale et de la lutte contre le terrorisme, le Tchad, où se trouve le QG de l’opération Barkhane, est devenu un partenaire essentiel aux yeux du gouvernement Hollande. Et c’est à N’Djamena que le nouveau Premier ministre, Bernard Cazeneuve, a effectué fin décembre sa première visite à l’étranger. Un soutien sans équivoque au régime en place. «Et qui passe par pertes et profits les élections truquées d’avril 2016, l’arrestation des leaders de la société civile, la disparition de militaires qui voulaient voter contre Déby», énumère Nadjo Kaina, qui décrit «une situation sociale explosive, malgré l’aide budgétaire de la France qui a permis à Déby de régler récemment les arriérés de salaires des fonctionnaires».

 

Au côté du jeune Tchadien, Welcome Nzaba Nodjitolom, venu du Congo-Brazzaville, ne digère pas le soutien inattendu de François Hollande au référendum imposé dans son pays. Celui qui a permis fin 2015 à l’inamovible Denis Sassou-Nguesso de modifier la Constitution pour se représenter à un troisième mandat. «Tout le monde sait qu’il a en réalité perdu les élections, mais qu’il a truqué grossièrement les résultats, avant de jeter en prison les leaders de l’opposition. Face à ces dérives, Hollande ne dit rien.»

 

Aura

Les trois militants ne sont, bien sûr, pas représentatifs de toutes les opinions africaines. Lors du sommet, il se trouvera certainement des voix pour faire l’éloge des succès militaires du président français. Mais même à Bamako, l’aura de François Hollande semble avoir pâli face à l’instabilité qui perdure dans le nord du pays et gangrène désormais le centre (lire ci-contre). «Une solution purement militaire est de toute façon une utopie», confie un élu du nord du Mali, relativisant lui aussi la «victoire» dont ce sommet aurait dû être l’incarnation.

 

 

Maria Malagardis Envoyée spéciale à Bamako

Libération.fr