ADO et Macky Sall à l’Elysée : Honneur aux grands amis de la France !

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, est depuis hier 11 juin 2017, le premier chef d’Etat africain a être reçu par le nouveau locataire du Palais de l’Elysée, Emmanuel Macron. Pour un honneur fait à un chef d’Etat du continent, c’en est vraiment un, et l’entourage du président Ouattara a été particulièrement prolixe sur la grandeur et le leadership de l’homme dans cette Afrique francophone où l’accession ou la survie au pouvoir des chefs d’Etat sont encore et toujours fonction de leur proximité, pour ne pas dire de leurs accointances avec la puissance colonisatrice. Mais au-delà des satisfécits et des flonflons cocardiers des partisans de Ouattara, cette visite a été l’occasion pour les deux chefs d’Etat d’échanger sur des questions de coopération bilatérale, notamment dans ce contexte particulièrement difficile pour la Côte d’Ivoire, marqué par des mutineries en cascades et un front social en ébullition, le tout aggravé par une chute spectaculaire du cours du cacao, fleuron de l’économie ivoirienne. Le président ivoirien espère recevoir le soutien de son homologue français pour stabiliser son régime et, en contrepartie, il a certainement promis à son hôte du jour de défendre bec et ongle le franc CFA qui est de plus en plus perçu comme le symbole de la domination et de l’appauvrissement de l’Afrique francophone par la France, et plus globalement de défendre les intérêts économiques colossaux de la Métropole dans son pays. Il n’a sans doute pas omis de rassurer Emmanuel Macron que la Côte d’Ivoire s’alignera « aveuglément » sur les positions de la France au Conseil de sécurité des Nations unies, puisqu’elle y siège en qualité de membre non permanent depuis le 2 juin dernier. Bref, avant de poursuivre sa mini-tournée européenne qui le conduira à Berlin et à Strasbourg, c’est un président ivoirien visiblement satisfait et requinqué qui a pris congé de son hôte, pour faire la place à son homologue sénégalais qui sera, ce lundi, le deuxième chef d’Etat d’Afrique noire à fouler le sol des Champs Elysées depuis l’accession de Macron au pouvoir. Des questions portant sur la coopération et sur la lutte contre le terrorisme seront à l’ordre du jour, et le président français qui n’a certainement pas oublié le soutien affiché que le Sénégal lui a apporté lors de la dernière présidentielle, va renvoyer l’ascenseur à ce pays avec lequel la France entretient des rapports privilégiés.
Les visites des présidents Ouattara et Sall sont perçues comme des actes d’allégeance
Ces deux visites successives de Alassane Ouattara et de Macky Sall à Emmanuel Macron sont, au-delà du symbole, la preuve que le nouveau président français attache du prix aux liens historiques et économiques indémaillables qui unissent leurs pays respectifs à l’Hexagone, surtout que ces deux vitrines de la France en Afrique de l’Ouest se sont illustrées par la vitalité de leur démocratie, même si sur ce point, on peut émettre quelques réserves en ce qui concerne la Côte d’Ivoire. Pourtant, certains Africains, de la nouvelle génération surtout, ne voient pas d’un bon œil ce qu’ils considèrent comme un complexe d’infériorité de nos dirigeants vis-à-vis des présidents français, qui les amène à se bousculer au portillon pour être reçus à l’Elysée, les premiers à s’afficher aux côtés du « chef blanc » se targuant même d’avoir été honorés. On se rappelle, en effet, qu’Emmanuel Macron avait soigneusement évité l’étape de Bamako lors de sa dernière visite aux troupes françaises déployées au Nord-Mali, certainement pour ne pas déplaire au roi Mohamed IV du Maroc à qui il a promis sa première visite officielle sur le continent, les 14 et 15 juin prochains. Puis, ce sera au tour de l’Algérie de l’accueillir, mais du côté de Rabat comme d’Alger, ces déplacements ne feront pas le buzz, puisque ce n’est véritablement pas extraordinaire que cela arrive dans les relations entre Etats. Mais chez nous, au sud du Sahara, le simple coup de fil venu de l’Elysée suffit à préparer des éditions spéciales et à bouleverser les programmes dans les médias publics, pour porter la bonne nouvelle au peuple. On peut donc comprendre que les visites des présidents Ouattara et Sall à leur « fiston » Emmanuel Macron suscitent des railleries dans certains milieux, où elles sont perçues comme des actes d’allégeance de deux chefs de cantons nègres au grand Roi blanc dont l’objectif premier n’est pas de défendre les intérêts de leurs pays respectifs, mais de rassurer leur hôte de leur disponibilité sans faille à pérenniser les intérêts de la France dans leur zone d’influence. Ces discours teintés de chauvinisme et à la limite excessifs ne changeront rien à la donne, aussi longtemps que les Africains dépendront de la France et de la communauté internationale pour leur développement et pour leur sécurité. Tous nos chefs d’Etat, à quelques rares exceptions près, continueront de nourrir le rêve d’être reçus en audience solennelle par leur homologue français, mais ce dernier ne fera honneur qu’aux grands amis de la France, et Alassane Ouattara et Macky Sall en font certainement partie. Le président gabonais, Ali Bongo, aurait fait partie du trio de tête si son élection n’avait pas été entachée d’irrégularités, et ceci est un message assez limpide que les autorités françaises envoient à tous ceux qui pensent qu’ils peuvent ruser avec leur peuple et aller se faire légitimer à Paris, en pensant que la France n’a que des intérêts…économiques à défendre. Donc, rien que pour cette prime supposée à l’émergence économique et à la bonne gouvernance démocratique, les partisans de Alassane Ouattara et de Macky Sall ont eu raison de se féliciter de cet honneur rendu à leurs mentors par le nouveau président français.

 
Hamadou GADIAGA  – Le Pays –