Adama Barrow, président de Gambie : qui est l’homme qui a fait tomber Jammeh ?

L’opposition réunie autour de la candidature unique d’Adama Barrow, avait jeté toutes ses forces dans une bataille perçue comme celle de la dernière chance pour libérer le pays de la main de fer de Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 22 ans. L’histoire retiendra ce vendredi 02 décembre comme le jour où Adama Barrow a déboulonné l’inamovible président sortant. La Tribune Afrique dresse le portrait du nouveau président gambien.

Depuis ce vendredi 02 décembre, la Gambie est entrée dans une phase d’écriture d’une autre page de l’histoire politique gambienne. Avant le scrutin du jeudi 1er décembre qu’il vient de remporter, Adama Barrow, était connu comme l’homme qui s’est porté candidat un peu par hasard. Il faut désormais en parler comme du tombeur de l’inamovible Yahya Jammeh

Adama Barrow, le tombeur de Jammeh

A 51 ans, le président sortant, Yahya Jammeh  qui briguait un cinquième mandat à la tête de la Gambie qu’il dirigeait depuis bientôt 22 ans, a été défait par les urnes par Adama Barrow avec une avance de plus de 50.000 voix. Propulsé sur le fauteuil du « State House » (palais présidentiel), Adama Barrow se retrouve dès lors sur le devant de la scène aprè avoir battu lors du même scrutin Mamma Kandeh, député tombé en disgrâce depuis son exclusion en 2013 de l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), le parti présidentiel. Mais au-delà de ce fait d’armes retentissant, que sait-on du nouveau président de la Gambie ?

Militant depuis 1996 au sein du Parti démocrate unifié (UDP), il en était devenu le trésorier. Auparavant, Adama Barrow a été garde du corps de l’influent homme d’affaires gambien Momodou Musa Njie. Ironie du sort, ce dernier n’est autre que le père de l’épouse du président Dawda Jawara que Yahya Jammeh avait renversé en 1994. Initié aux affaires par ce businessman influent, Adama Barrow s’est par la suite lui-même lancé dans l’immobilier avec son agence, la Majum Real Estate pour faire fortune dans le domaine.

Adama Barrow, l’homme que l’on attendait pas

Mais la désignation de cet homme d’affaires en tant que candidat à la présidentielle relève d’un hasardeux concours de circonstances. En temps normal, Yahya Jammeh aurait dû faire face à Ousainu Darboe, son opposant le plus virulent qui a échoué à trois reprises à le battre par les urnes. Mais l’opposant purge depuis juillet dernier avec d’autres camarades, une peine de 3 ans de prison pour avoir participé à une manifestation non autorisée réclamant la dépouille Ebrima Solo Krummah, cadre de l’UDP décédé dans les geôles gambiennes. En l’absence de ce leader charismatique, Adama Barrow s’est porté candidat à la primaire de la coalition d’opposition qui a décidé d’organiser un congrès pour désigner un candidat unique pour la présidentielle de 2016.

C’est avec une razzia de 308 voix de délégués d’opposition sur les 487 issus des sept régions administratives de la Gambie, Adama Barrow est désigné candidat unique à l’issue du congrès. A 51 ans, ce polygame (il a deux femmes), père de deux enfants a démissionné début novembre de son poste de trésorier pour donner le signe qu’il se présente au nom de la coalition des sept partis d’opposition. Depuis, la militante de 60 ans Isatou Touray, première femme en lice pour une élection présidentielle en Gambie, absente du congrès a fini par se désister au profit d’Adama Barrow lui assurant de tout son soutien.

Ce dernier s’est dirigé vers le scrutin du jeudi 1er décembre avec sur ses épaules, l’espoir de toute l’opposition mais aussi de tout le peuple gambien pour renverser la tendance. Il a axé toutes sa campagne sur les violations des libertés à l’encontre du régime Jammeh mais aussi sur les questions socio-économiques notamment le recul de la pauvreté camouflant ainsi son manque d’expérience dans la gestion d’affaires étatiques. Yahya Jammeh quant à lui, a surfé sur ses réalisations en matière de santé, d’éducation et sur la « modernité » et la paix qu’il aurait apporté dans ce petit pays d’à peine 2 millions d’habitants enclavé à l’intérieur du Sénégal en Afrique occidentale

Avant le scrutin de ce jeudi, l’espoir de voir tomber l’homme fort de Banjul est plus que vif d’autant plus que c’est la première fois que Yahya Jammeh se trouve en face d’un candidat unique de l’opposition. Mais le pouvoir du lieutenant-président avait toujours vacillé sans jamais tomber. Les 885.000 électeurs gambiens qui ont mis leur billes dans l’une des urnes des 1.422 bureaux de vote répartis dans les 53 circonscriptions électorales, auront donc plesbicité Adama Barrow pour tourner définitivement la page Yahya Jammeh. Une page de l’histoire s’est tournée en Gambie. Aux Gambiens de la regarder sereinement  et de décider d’en écrire une autre !

Par Ibrahima Bayo Jr.  – La Tribune –