Acculée par la crise, l’Egypte libéralise sa monnaie

La libéralisation du taux de change de la livre égyptienne représente une bouée de sauvetage pour l’économie égyptienne en crise et répond également aux conditions imposées par le FMI pour l’obtention d’une ligne de crédit.

L’Egypte vient d’autoriser la libéralisation du taux de change de sa monnaie. Une décision qui vient suite à la crise monétaire aigüe que traverse l’économie égyptienne et pour palier à toute relance de l’instabilité politique qui caractérise le pays depuis 2011.

La Banque centrale égyptienne (CBE) vient d’autoriser le flottement de sa devise. Une décision qui devrait être suivie d’une batterie de réformes qui conditionnent l’obtention d’un prêt de 12 milliards de dollars du FMI, échelonné sur 3 ans, pour soutenir l’économie égyptienne actuellement en proie à des difficultés.

Cette libéralisation des cours de change devrait déboucher dans un premier temps sur une baisse de 50% de la valeur de la livre égyptienne face au dollar. Cette devise qui s’échangeait jusqu’à présent à 14 dollars contre 8,8 livre (taux officiel) se rapprochant ainsi des taux de change du marché parallèle. Pour le FMI, cette décision de la Banque centrale devrait muscler dans une certaine mesure la compétitivité extérieure du pays, soutenir les exportations, le tourisme ou encore l’investissement étranger. Une mesure saluée par la bourse du Caire qui a enregistré une hausse de 8%, suite à l’annonce de la décision de la CBE.

Inflation et interventionnisme économique des militaires

L’Egypte traverse, rappelons-le, une conjoncture difficile avec un seuil de pauvreté de 27,8% et une inflation atteignant les 14%.  Le pays a par ailleurs vu ses réserves en dollars diminuer dangereusement à un peu plus de 19 milliards de dollars, ce qui représente 50% des réserves stratégiques du pays en devise avant la révolution de 2011. Cette mesure de sauvegarde de la livre a entraîné une pénurie de dollars dans le pays, affaiblissant au passage la capacité des importateurs à approvisionner le marché intérieur en produits de première nécessité (riz, sucre, huile de cuisine, lait infantile et médicaments) et en matières premières.

Face à cette morosité économique, de plus en plus de critiques s’élèvent face aux activités économiques de l’armée égyptienne, véritable Etat dans l’Etat. De plus en plus de rapports et enquêtes indiquent un renforcement de la présence économique de l’institution, depuis l’arrivée au pouvoir du maréchal Sissi. Certains parlent même d’une hégémonie militaire sur le champ économique avec des activités couvrant les BTP, l’agroalimentaire, le tourisme, la distribution d’essence ou encore des unités pharmaceutiques. Selon des estimations le volume de «l’économie militaire», équivaudrait à 5% du PIB, alors que les autorités minimisent cette présence à 1,5% du PIB. Une présence qui se traduit également par un large patrimoine foncier.

Par Amine Ater     – La Tribune-

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