Accident ferroviaire au Cameroun: « Paul Biya m’a Tuer »

« La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie. Une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient même pas de s’évader, un système d’esclavage, où grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. » Aldous Huxley.

Les Camerounais sont en deuil. Le déraillement du train reliant Douala à Yaoundé, a fait plusieurs dizaines de morts et la rupture d’une buse a coupé le pays en deux ce 21 octobre 2016 : Il n’y a plus de liaisons entre la capitale politique et la capitale économique. Cependant, Paul Biya se coule de paisibles vacances en famille à Genève, depuis 33 jours. Cet accident est la conséquence du délitement institutionnel. C’est l’accident d’un pays où la navigation à vue est érigée en gouvernance. C’est l’accident de l’informel et du bricolage dans un pays où rien n’est pris au sérieux. La mise en danger de la vie d’autrui n’est que la résultante du surréalisme politique de ces gouvernants sans foi ni loi…Ce n’est pas la route qui a tué, c’est Biya ! Le peuple ne peut pas se soulever pour dénoncer ces morts gratuites. Le peuple a peur…

Un Pays mort qui aime souffrir

Le Cameroun, qui fut autrefois le modèle de progrès économique avec une population dynamique, est devenu en trente quatre ans un pays en voie de totalitarisme à mi-chemin entre la vieille URSS et la Corée du Nord, dirigé par un clan de politiciens à vie, passés à de rares exceptions près par les mêmes écoles. Ils sont issus de la même bourgeoisie friquée, ils se marient entre eux, fréquentent les mêmes restaurants, les mêmes soirées, connaissent toutes les combines pour s’enrichir de l’argent public- vente de la Camrail au groupe Bolloré, confection des routes sans garantie- sans tomber totalement dans l’illégalité, étant tout soucieux de ne pas se faire prendre, et savent se couvrir par d’opportunes bonnes relations avec des gens placés là où il faut pour bloquer un dossier compromettant. Cependant, quelques malheureux croupissent en prison. On a même vu dans ce pays, un homme politique se targuer de défendre certains hommes d’Etats poursuivis, pour des « biens mal acquis ». Tout est banal dans ce pays. La mort qui vient de frapper durement plusieurs familles est d’un triste banal. C’est tellement banal, que les populations accepteront l’organisation des obsèques, au travers de quelques billets offerts par la présidence. Les consciences seront achetées par quelques kilos de riz et du poisson fumé. Ces victuailles seront acheminées par des « élites ». Au nom du président un culte œcuménique sera célébré…Le ridicule, pardi !

Pays corrompu jusqu’à moelle

Le Cameroun est corrompu dans tous les sens du terme, mais le peuple qui l’a compris ne sait comment faire pour revenir aux valeurs qui ont fait autrefois sa grandeur : fierté et dignité. La démocratie qui fut la plus fondamentale des valeurs républicaines qu’elle espérait en 1992, lui a été confisquée, or c’était le seul moyen qu’avait le peuple pour faire connaitre sa volonté à ses représentants. Ceux-ci lui font maintenant clairement comprendre qu’ils s’estiment plus compétents que lui pour faire son bonheur. Ils lui imposent les solutions et les volontés qu’ils échafaudent dans leurs officines présidentialistes, à partir d’idéologies frelatées et obsolètes, toutes fondées sur la mère des idéologies, le culte de personnalité du Dieu-président, dont l’échec patent ne suffit pas à les convaincre de sa nocivité.

Paul Biya est prisonnier des loups qu’il a fabriqués, ces ministres griots, qui sont incapables d’expliquer au peuple ce qu’il est advenu du « train de la mort » et de donner un bilan du nombre de victimes ; des ministres incapables de prendre des initiatives sans s’en référer au Dieu-président. Bref, une république qui s’arrête de vivre faute d’avoir un président sédentaire. Paul Biya ne peut plus rien faire pour ce pays, même s’il en avait la volonté, tant qu’il aura un gouvernement d’incompétents nommés à des fins purement électoralistes. Des gouvernements mystico-tribalo-raciaux. Ces ministres malgré leurs incompétences manifestes, en économie comme en politique, n’ont qu’une seule mission à l’esprit : apprendre les codes pour réussir une belle carrière dans la haute administration et la langue de bois pour endormir le peuple.

Les morts de la misère

Paul Biya au pouvoir depuis bientôt quarante ans n’a réussi qu’à remplacer la lutte des classes par la lutte des tribus et instaurer un système à deux classes les riches et les pauvres, les routes des hauts fonctionnaires et l’enclavement de contrées des opposants. Il a crée deux pays. Un pays vivant qui est celui de ses affidés ; un pays mort où ceux qui n’ont pas voulu vendre leurs âmes au diable sont entassés, pour entrer dans les trains de la mort. Eséka la ville de l’UPC-parti politique nationaliste dont Ruben Um Nyobé est natif- paie aujourd’hui le lourd tribut de sa sédition. Matomb subit le même sort qu’Eséka, vu l’importance des opposants implantés dans périphérie…Voilà le triste sort d’être opposant au Cameroun.

Aimé Mathurin Moussy

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