Qui a mené les frappes aériennes contre les Shebab somaliens ?

Le déploiement à Mogadiscio d’un contingent de la 101e division aéroportée par les Etats-Unis a pu faire attribuer les récentes frappes contre les Shebab de Somalie au QG militaire américain destiné à l’Afrique. Le commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom) nie catégoriquement la responsabilité de ces frappes. Qui a donc mené les frappes aériennes qui ont fait des centaines de morts dans les rangs des rebelles Shebab somaliens ? Le mystère plane et les spéculations vont bon train.
« L’armée américaine n’a mené aucun mouvement d’actions dans cette région durant la période de référence. La plus récente frappe américaine en Somalie s’est produite en janvier ». Le communiqué de l’Africom a voulu couper court à toute polémique sur l’initiative des frappes aériennes qui ont causé la mort d’une centaine de Shebab notamment une vingtaine de leurs leaders, selon des officiels somaliens.

Malgré les indices, l’Africom dément
L’Africom en veut pour preuve que son contingent déployé en fin de semaine dernière, est affecté, en coordination et à la demande du gouvernement somalien, à la formation à des « opérations de sécurité et d’assistance avec les forces de sécurité [somaliennes, ndlr] ».

« L’objectif de cette mission de formation et d’équipement particulière est d’améliorer la capacité logistique de l’armée nationale somalienne et l’accent sera mis sur l’enseignement des opérations logistiques de base, ce qui permettra aux forces somaliennes de mieux combattre Al-Shebab », précise l’Africom dans son communiqué.
C’est donc plus une mission de formation et d’appui sécuritaire pour « permettre aux forces somaliennes de mieux combattre les shebab », qu’une mission militaire de combat. Pourtant, malgré ce démenti, plusieurs indices ont pu laisser penser que les frappes contre les Shebabs avaient été exécutées par l’armée américaine.

Fin mars, le président américain Donald Trump avait étendu les pouvoirs de l’Africom en leur octroyant la mission de pouvoir mener des raids au sol et des frappes aériennes. Cette directive de Washington avait allégé le circuit de prises de décisions en donnant la main sur les opérations contre les Shebab au chef de l’Africom.

Résultat, rien que pour l’année 2016, les drones américains auraient craché leur feu pas moins de quinze fois sur les Shebab. Selon le Bureau of investigative journalism, une ONG britannique qui compile les frappes de drones américains, elles auraient fait entre 220 et 310 victimes, essentiellement des Shebab.

Frappes de l’Amisom ou réponse musclée de Mogadiscio?
Cependant, le démenti de l’Africom pose une question : qui donc a mené ces frappes du week-end dernier contre les Shebab ? L’hypothèse de frappes américaines écartée, les yeux se tournent vers la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) déployée depuis 2007 avec essentiellement des effectifs en provenance de pays voisins de la Somalie. Ses 22.000 hommes déployés sur le terrain mènent une guerre difficile contre les Shebab dans une Somalie tant balkanisée qu’instable.

L’Amisom qui parvient difficilement à éradiquer la menace Shebab a-t-elle décidé de se passer de la guerre sur le terrain pour mener des attaques par drones ? La question reste entière si l’on sait que l’Amisom elle-même patauge dans des problèmes de financement qui pourraient l’empêcher de déployer des drones ou des avions de combat contre des Shebab.

Dernière hypothèse qui expliquerait le surprenant démenti américain. Le tout fraîchement élu président de la Somalie, Abdullahi Mohamed Abdullahi alias Farmajo, avait, quelques jours avant ces frappes « apocryphes », ouvert la voie à une négociation avec les terroristes Shebab. La main tendue du président somalien s’accompagnait d’une menace à peine voilée aux terroristes qui choisiraient la voie de la violence.

Une politique de « la carotte et du bâton » qui avait fini par radicaliser encore plus les Shebab. En réponse, ils avaient attaqué le plus grand camp militaire du pays y faisant cinq morts. Les frappes de la semaine dernière seraient-elles une réponse du berger à la bergère de Mogadiscio qui muscle son discours?

 

Par Ibrahima Bayo Jr. – LTA –

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