Industries Chimiques du Sénégal : le problème majeur c’est leur acquisition nébuleuse par Indorama ( par Abdou Aziz Ndiaye)

Lors de la dernière séance plénière sur le code minier, l’honorable député Pape Abdou Khadr Mbodj a, de manière patriotique, signalé à l’assemblée nationale la mainmise des indiens sur les Industries Chimiques de Sénégal. A noter que Mr Mbodj est député de l’Apr, parti au pouvoir.

 

Il a insisté sur le nombre pléthorique d’indiens dans le personnel des Ics. En effet, aujourd’hui nous savons qu’aux Ics les employés qui partent à la retraite ne sont pas remplacés par des sénégalais. Nous savons également que ce sont les indiens qui occupent les hautes sphères directoriales malgré l’existence de certains titres purement symboliques.

 

Nous comprenons facilement cette situation en regardant la structure actuelle du capital des Ics et la composition du conseil d’administration. La répartition du capital des Ics (44.572.000.000 fcfa) est la suivante : Indorama 78%, gouvernement du Sénégal 15%, Iffco 6,78% et gouvernement de l’Inde 0,22%. Soit au total 85% pour les indiens. Corollaire : dans un conseil d’administration de 12 membres, le Sénégal a 2 (deux) représentants. Cette réalité se traduit forcément par la mainmise des indiens sur le management des Ics. Vouloir le nier c’est ne pas respecter le peuple sénégalais, le grand perdant.

 

Le plus écœurant c’est la manière dont Indorama a repris les Ics. Une vraie nébuleuse. Voici les faits.

 

En 2008, suite à des péripéties relatées dans notre ouvrage « Industries Chimiques du Sénégal – Chronique d’un crime économique prémédité », le gouvernement du Sénégal avait entamé des négociations avec le partenaire historique des Ics : Iffco (Indian Farmers Fertilizers Cooperative). Iffco achetait l’intégralité de l’acide phosphorique et détenait 14,32% du capital des Ics de l’époque (115 milliards de fcfa contre 44 aujourd’hui). L’idée du gouvernement du Sénégal était qu’Iffco reprenne les Ics. Une très mauvaise idée…

 

En définitive, un beau matin de l’an 2008, nous prîmes connaissance de la nouvelle répartition du capital des Ics : Senfer Africa Ltd 66%, Iffco 18,54%, gouvernement du Sénégal 15% et gouvernement de l’Inde 0,46%. Comme par enchantement, Senfer Africa Ltd, une société sortie de nulle part, devenait propriétaire des Ics. Senfer Africa Ltd est en réalité une société off-shore créée à Chypre uniquement pour les besoins de l’opération. Qui sont les propriétaires de Senfer ? Nous ne connaîtrons jamais la réponse à cette question fondamentale. On peut avoir une idée mais jamais de preuve légale. C’est cela le rôle d’une société écran : cacher les identités des vrais actionnaires.

 

En août 2014, nous apprîmes par le quotidien national « Le soleil » que le groupe indonésien Indorama va entrer dans le capital des Ics à hauteur de 66% en lieu et place de la société Archean. D’où sort Archean ? Où est passé Senfer ? Mystère et boule de gomme. Le quotidien « Le soleil » nous informa également qu’Indorama a été choisi par le président indien du conseil d’administration des Ics, Mr Awasthi. Ce n’est donc pas le Sénégal qui a trouvé ce partenaire.

 

Voilà comment le Sénégal a été roulé dans la farine, spolié dans un paradis fiscal (Chypre) par l’intermédiaire d’une société off-shore (Senfer Africa Ltd). Quand « Panama papers » nous rappelle le cas des Industries Chimiques du Sénégal avions nous écrit il y a quelques mois…

 

Le Sénégal a non seulement perdu le fleuron de son industrie mais continue à perdre de l’argent du fait que « l’entreprise indienne ne verse pas de redevances minières, ne paye pas d’impôts, ne paye pas de tva, ne paye pas de droits de douane » dixit l’honorable député Pape Abdou Khadr Mbodj. Et c’est vrai. Que gagne le Sénégal ?

 

(Nous comptons bien revenir avec nos commentaires sur l’interview que M. Alassane Diallo, directeur général des Ics, a accordé au journal « L’observateur » dans son édition n° 3933 du 03/11/2016)

 

Nous espérons qu’un jour, un gouvernement du Sénégal tentera légitimement de récupérer ce pan de notre patrimoine économique. Il nous arrive de penser que le gouvernement actuel peut le faire en nous référant à la manière dont il a géré les dossiers de Suneor et de Transrail. Honnêtement, nous apprécions le patriotisme dont il a fait montre sur ces deux cas. Alors, il reste celui des Industries Chimiques du Sénégal dont la nébulosité émeut tout patriote sincère. A suivre…

 

Abdou Aziz NDIAYE

Economiste

Spécialiste en management logistique et ingénierie des transports

Spécialiste en commerce et management des affaires internationales

Email : abdazizndiaye57@gmail.com     Tel  78 189 25 15